17 novembre 2020

N° 250 - Pantouflage

J'entends à la radio que le confinement contribue beaucoup à un regain d'activité du commerce des pantoufles. Alors, merci pour la belle paire dont tu m'as fait cadeau*...


J'avoue j'en ai rêvé beaucoup, chez Carr'four
Puis tu m'en as offert, un jour, en velours
Je suis à l'aise
Les pieds dans tes charentaises
Mes deux arpions
Au fond de tes chaussons...

Quand tu voudrais qu'on marche un peu alentour
Je t'entends bien mais à tes vœux reste sourd
J'suis trop à l'aise
Les pieds dans tes charentaises
Mes deux arpions
Au fond de tes chaussons...

Quand nos volets sont verrouillés, double-tour
Quand près du feu tu baiss' un peu l'abat-jour
J'suis trop à l'aise
Les pieds dans tes charentaises
Mes deux arpions
Au fond de tes chaussons...

La vie vaut bien d'être vécue sans qu'on courre
Mêm' confinés en attendant les beaux jours
Prenons nos aises
Restons entre parenthèses
A la maison
Le temps d'une saison...


* C'est sur l'air de La javanaise, bien sûr, et enregistré sur https://youtu.be/cn3yp8QUiJ8.



 

13 novembre 2020

N° 249 - Le lion, l'âne et l'éléphant

 

On sait depuis toujours qu'une caricature
Qui vous donnait d'abord une ingrate figure
Peut voir au fil du temps son sens se retourner
Et faire à son auteur un malin pied de nez.

Il y a de cela plus de cent cinquante ans  
Parut dans un journal du Nouveau-Continent
Un dessin qui montrait un ministre défunt
Sous les traits d'un lion mort auquel, vil et mesquin,
Un âne, un bourricot minable et rancunier,
Décochait lâchement un dernier coup de pied
(1).
Feu le ministre avait servi pendant la guerre,
Celle de Sécession, qui divisa naguère
Les états désunis du rêve américain :
Il était du côté du Nord, Républicain.
L'âne incarnait le Sud du coton, du tabac
Où le camp Démocrate armait le branlebas.
Du pouvoir fédéral ardent contestataire,
Attaché à ses droits de fier propriétaire
Un démocrate alors tenait à l'esclavage
Dont toute plantation tirait un avantage
(Dites, quels changements dans le panorama,
De cette époque-là... à Barack Obama !)
Le parti s'arrangea de l'image ironique
Soulignant du baudet la nature énergique
L'aptitude à porter des fardeaux très pesants
L'entêtement loyal, sûr et persévérant.

 
Quatre ou cinq ans plus tard vint un autre croquis !
Un journal de New York en grand mal de copie
Avait fait circuler d'incroyables bobards :
Le président voulait s'accrocher à la barre
Prolonger son mandat, devenir... empereur ?
Echappés d'un grand zoo, y semant la terreur,
Des fauves se cachaient au cœur de Central Park !
L'humoriste alerté, finaud, chargea la barque
Illustrant un troupeau d'intrigants de tous poils
Dénigreurs du leader présumé déloyal
(On voit même caché sous une peau de lion
Un âne soupçonné d'en être le champion)
Bande qu'un éléphant mettait seul en déroute.
Le robuste animal, la légende l'ajoute,
En opposant son poids au complot des coquins
Symbolisait le grand parti Républicain.
 
Il en est demeuré jusques ici l'emblème
Mais l'image aujourd'hui pose un sacré problème
Car l'homme qui répand les plus fausses nouvelles
Celui qui a recours aux plus grosses ficelles
En ne s'interdisant aucun moyen mafieux,
Qui de la Maison Blanche entend squatter les lieux
Plutôt que renoncer au poste et à ses pompes
Du totem du parti ne garde que... la trompe !


(1) Un clin d'œil à Jean de La Fontaine et sa fable "Le Lion devenu vieux".


28 octobre 2020

N° 248 - D' ??


Tout à l'heure notre président va nous dire comment nous allons devoir vivre dans les semaines qui viennent. Alors, demain, vous vous direz peut-être "C'était le bon temps!" en écoutant cette complainte d'un homme (prétendument...) sauvage et solitaire accablé par le couvre-feu... Pour l'entendre en version originale, illustrée et chantée par l'auteur (!...) cliquez sur ce lien : https://youtu.be/kX4Y-WA0miM.



Je m'enhélicroqueville  
En fond de coquille
La covid est là...
Je me ratatinuscule
Dès le crépuscule
La covid est là...
Je me confinaquemure
Sous la couverture
Ça n'en finit pas
Et la vie devient chagrine
Incoloroquine
La covid est là...


Oh là là
Qu'elle rend la vie dure
Oh là là
Dure dure là...

J'ai le couvre-feu-aux-fesses 
Dès que le jour baisse
Je suis aux abois
Je suis ciné-pas-trop-phile
Lorsque dans la file
On est plus de trois
Rendu resto-bistro-phobe
Par l'ennemicrobe
Qui prospère là
J'ai la ciao-les-gastrite
De peur qu'on m'invite
Ou vienne chez moi...

Oh là là
Ca rend la vie dure
Oh là là
Dure dure là...

Je m'hydro-gel-alcoolise
Et m'emmasquebise
Et pars, quelquefois,
Comme un déambulomade
En dérobuscade
Tout au fond des bois
Loin des rencontrinopines
De copains copines
Mais... c'est pas la joie
Sans bisebécotiller
Ni cajolouiller
Le moindre minois...

Oh là là
Qu'elle rend la vie dure
Oh là là
Cette covid ordure
Oh là là
Cette ordure là...



Vous l'avez peut-être reconnu, cela s'inspire de "Croquemitoufle" une chanson de Gilbert Bécaud, Pierre Delanoé et Louis Amade, interprétée par Gilbert Bécaud (1958) puis Colette Renard (1960). Voir : https://www.youtube.com/watch?v=nzSE3sXeOKA


20 octobre 2020

N° 247 - Atterrés

Nous entendons tous à la radio, à la télé, à la maison, comme au boulot sans doute, l'émotion, l'horreur soulevées par l'assassinat du prof de Conflans. Nous les lisons dans nos journaux, nos mails, nos messages. Je ne me vois pas reprendre ici le cours de mes rubriques futiles comme si de rien n'était. Je n'ai évidemment aucun titre à écrire quoi que ce soit sur le sujet. Si ce n'est le besoin de partager avec celles et ceux qui lisent volontiers mes billets deux ou trois choses qui m'ont remué.

Une pancarte, vue sur BFMTV, brandie sur la Place de la République : "Si Dieu existait, il aurait honte". Oui, certainement, honte des fanatiques qui le trouvent à l'évidence trop tolérant, trop coulant et qui décident de prendre les choses en main, de sévir à sa place, de s'occuper eux-mêmes du jugement dernier. Honte des illuminés qui, finalement, ne lui font pas confiance, ne le trouvent pas à la hauteur.

Cette pancarte, en s'adressant directement à Dieu plutôt qu'à ses saints, est plus sévère encore que la fameuse une de Charlie où le prophète se lamente : "C'est dur d'être aimé par des cons"... Des cons d'extrémistes qui s'approprient ce qu'ils appellent leur religion, en font carrément leur affaire, l'utilisent à leurs fins. Car les hommes continuent à inventer les religions...

J'entends (toujours sur BFM, depuis mon vélo d'appartement) le recteur de la mosquée de Lyon répéter avec force qu'on ne peut pas se prétendre croyant et attenter à la vie, si l'on croit la tenir de Dieu. Pour ma part je crois fermement à la vie (avec une majuscule peut-être) si je ne crois plus guère en Dieu. Ou alors, je confonds les deux ? La vie, on en est sûr ; et c'est à peu près tout... Il y a quelques dizaines d'années j'ai relu par curiosité le credo que j'avais souvent récité. Je ne pouvais plus souscrire à aucune de ses lignes (sauf celles que les historiens confirment : "... a souffert sous Ponce Pilate, a été crucifié, est mort et a été enseveli"). Et je me demande plus que jamais, pour m'en tenir aux religions d'ici, comment on peut se réclamer de Moïse, de Jésus, de Mahomet ou de Luther, pourquoi pas de Joseph Smith [1], et s'affronter, se trucider, s'exterminer à l'occasion, au nom d'un seul et même être, réputé suprême et bienveillant ?

Alors oui : liberté, égalité, fraternité ça me suffit, largement. Avec laïcité, qui participe des trois. Et j'y tiens.


[1] "Prophète" fondateur des Mormons (16 millions de fidèles) voir https://fr.wikipedia.org/wiki/Joseph_Smith.

  

29 septembre 2020

N° 246 - Régime salé

 

J'entends à la radio qu'un collectionneur anonyme a donné au Guggenheim de New York la fameuse banane de Cattelan (1). Il l'avait acquise pour 150 000 dollars. L'art éphémère et périssable, biodégradable et comestible, entre ainsi dans l'un des plus célébres temples de l'art moderne... L'un de ses habitués nous raconte ça, sur l'air de "La ballade des gens heureux", de Gérard Lenorman (2) .


Notre musée n'a pas que des toiles
Car un mécène mystérieux
Lui a fait don de sa banane
Sa banane, c'est généreux, 
Lui a fait don de sa banane
Sa banane, c'est généreux.

Un jeune gardien du patrimoine
Y veill' comme le lait sur le feu
Il ne quitterait la banane
La banane jamais des yeux
Il ne quitterait la banane
La banane jamais des yeux.

Quand un jour des taches s'y propagent
Quand s'en recroqueville la queue
C'est qu'elle est mure la banane
La banane, c'est pas douteux, 
C'est qu'elle est mure la banane
La banane, c'est pas juteux.

Pour le garde c'est vraiment dommage
Mais, pas le choix, c'est impérieux,
Il faut remplacer la banane
La banane qu'est trop dégueu
Il faut remplacer la banane
La banane qu'est trop dégueu.

Il sait qu'on garde au grenier un pagne
De Joséphine, un pas trop miteux. 
Il y prélève une banane
Un' banan' des dessous fameux
Il y prélève une banane
Un' banan' des dessous fameux
(3).

D'un papier collant il l'enrubanne
Et sur le mur la scotche au milieu
Juste au bon niveau la banane
La banane, c'est minutieux
Juste au bon niveau la banane
La banane, c'est minutieux
(4).

La dame qui vient pour le ménage
Chaque lundi depuis sa banlieue
Recueille les vieilles bananes
Les banan's pour les loqueteux
Recueille les vieilles bananes
Les banan's pour les loqueteux.

Rois de la dèche et de la panade
Migrant, clochard ou chômeur sans boulot
Ils vont se flamber des bananes
A huit cents briques le kilo
(5) 
Ils vont se flamber des bananes
A huit cents briques le kilo...



1.    Une simple vraie banane scotchée sur un mur, de l'artiste italien Maurizio Cattelan... 
3.    Rien à voir avec un banana... slip.
4.    La banane et le scotch sont à la charge du propriétaire et l’installation doit être impérativement placée à 1,72 m au-dessus du sol suivant un angle de 37 degrés.
5.    A raison de 0.86 € pour un dollar et 150 g par banane, le calcul donne même 860 000 €/kg.