4 novembre 2019

N° 227 - Tu clauses, tu clauses...


J'entends à la radio qu'on n'est pas sorti de l'auberge avec la réforme des retraites ! Les grèves, à la SNCF, à la RATP, les hésitations de Macron, tout ça fait beaucoup causer dans les chaumières et même discuter ferme au Club des Anciens. J'avais du mal à y lire mon journal tellement Huguette et Léon1 parlaient fort. Elle ne rajeunit pas, d'ailleurs, cette brave Huguette...

Léon, dis-moi, cette "clause du grand-père", ça n'est tout de même pas pour les grands-mères ?
Si, bien sur, Huguette ! Les mamies comme les papis. C'est la parité.
Mais... je pourrai quand même continuer à prendre le RER ?
Evidemment ! Aucun rapport. Ca ne concerne pas les voyageurs, voyons.
Bah, oui, quand même... Ca les concerne les jours de grève.
Bon, c'est à moi de jouer ? Voilà : débrayez, avec ton r, deux fois triplé, 9 fois 30, plus 50 pour le scrabble, 320 !
Léon ! 320 ? Mais c'est énorme... Tu as une veine de...
Ta ta ta!... C'est à toi Huguette.
Tu ne m'as pas expliqué pour les grands-pères. Ils n'auront donc plus le droit de prendre leur retraite ?
Comment ça ? Pour eux, justement, il n'y aura rien de changé. Par contre, les jeunes...
Ah... Il faudra être grand-père avant de partir en retraite, c'est ça ?... Mais... si on n'a pas d'enfants ?
Ecoute-moi tranquillement, deux minutes. La clause grand-père ça vient des Etats-Unis.
Je m'en doutais ! Encore ce Trump... Mais je ne savais pas que sa Melania était grand-mère.
Mais pas du tout ! Ca remonte à la guerre de Sécession. Tu situes, le Général Lee, tout ça ?
Yes sir ! Pour qui me prends-tu, Léon ?
Alors, après qu'ils aient bel et bien pris la pâtée2 les sudistes ont été obligés d'accorder le droit de vote à tout le monde. Mais ils ont triché : ils ne l'ont donné qu'à ceux dont le grand-père votait déjà avant.
Attends... ils avaient déjà le RER du temps du Général Lee ?
Mais tu dérailles ! En tout cas ce sont les noirs qui ont été marrons...
Alors ça, vraiment, ça n'est pas juste... Parce que tu sais, Léon, dans le RER, les places réservées aux vieux, eh bien elles sont toujours prises par des gamins qui jouent sur leur téléphone. Ta clause grand-mère, je te jure, ils s'en contrefichent ! Les seuls qui me proposent leur place, des fois, justement, ils sont...
Bon, tu joues, Huguette, oui ou non ?
Ca vient, ça vient... Mais, Léon, dis-moi franchement : s'ils finissent par trouver un boulot, tu crois qu'ils vont bien vouloir continuer à payer les retraites de leurs papis et mamies ?
Euh... j'espère. Mais si jamais on va chercher une "clause orphelin" pour les payer moins cher, ils auront peut-être du mal.
D'accord, d'accord... Je n'ai toujours rien compris, mais ça n'est pas grave3 . Tiens, orphelin, avec le n de banquer, deux fois doublé, 52, plus 5 et 4, et le scrabble, ça fait 111. Quoi, seulement 111 points pour moi ?... Au fait, Léon, mardi prochain, tu voudras bien m'expliquer la retraite par points ?



(1) De vieilles connaissances, depuis les n°129 et 156 !
(2) Ca ne te dit rien ? Va voir : https://www.youtube.com/watch?v=glt4SykkzF8
(3) Tout s'éclaire heureusement avec wikipedia : https://fr.wikipedia.org/wiki/Clause_d%27antériorité (en deux mots une grandfather clause permet de préserver les droits acquis des seniors ; une orphan clause va jusqu'à réduire les droits des nouveaux venus).


14 octobre 2019

N° 226 - Bandes de vaches !


J'entends à la radio(1) que les travaux du professeur Tomoki Kojima vont faire du bruit. Kojima-sensei mène des recherches très pointues à Nagakute-shi, à l'est de Nagoya-shi, dans la préfecture de Aichi. Avec de dévoués assistants (Matsubara-senpai, Uchiyama-senpai, Aoki-senpai(2) pour ne citer qu'eux) il peint des bandes sur des vaches. Sur des vaches de race wagyu, de l'espèce kuroge-washu à robe noire. Il peint des bandes blanches sur les unes, des bandes noires sur les autres.

"Pourquoi des noires – t'étonnes-tu - si les kuroge-washu sont déjà noires ?"  Tu vas comprendre : Kojima-sensei veut vérifier que seule la couleur compte. Banzaï ! Que les vaches soient à poil (noir) ou à peinture noire, les résultats sont les mêmes. Mais pas avec les kuroge-washu rayées de peinture blanche. CQFD !

J'entends que tu t'impatientes : "Mais, les résultats de quoi, punaise ?" Justement, j'y viens. L'équipe de Kojima-sensei compte les mouches, les taons, les guêpes, les tiques, les moustiques qui piquent leurs vaches. Mais aussi combien de fois elles remuent une oreille ou la queue pour s'en débarrasser. Et les conclusions sont claires et nettes : les vaches zébrées sont deux fois moins importunées ! Moralité ? Il suffit de moitié moins d'insecticide.

Tu n'as pas l'air convaincue... Je suis d'accord avec toi, il reste beaucoup à faire. D'abord avec des kuroge-washu entièrement peintes en blanc. Et puis Kojima-sensei devrait sans doute demander à ses homologues du Kenya et du Bengale de peindre des zèbres et des tigres, tout en noir et tout en blanc-jaune, et d'observer les réactions de la tsé-tsé et du moustique-tigre. 

Mais tu persistes à persifler, goguenarde : "Et après, il fait quoi ton Tomoki, pour avoir des bœufs zébrés ? Il croise une wagyu avec un okapi ?" Franchement, ça, je ne sais pas... Mais, tu sais, les wagyu les plus fameuses ce sont celles de Kobe. Pas loin de Nagakute. Le bœuf de Kobe, il est déjà tout zébré à l'intérieur, enfin, persillé, comme on dit. Alors ce ne sera pas trop demander au fermier, qui le masse déjà tous les matins, de redonner en même temps un coup de pinceau à ses bandes blanches...

En tout cas une bonne nouvelle vient de tomber, à peine ce billet publié. Las de se demander chaque jour, consternés, "quelle mouche l'a encore piqué ?" en lisant ses tweets, les conseillers de Trump vont essayer un truc : lui souffler d'aller au bureau (ovale) fièrement drapé dans le "stars and stripes".


(1) C'était samedi matin à la revue de presse de Frédéric Pommier sur France Inter.
(2) Une petite révision de quelques suffixes japonais courants ?
- "Sensei" marque le professeur, le médecin, le maître d'arts martiaux ou un artiste reconnu.
- "Senpai" désigne quelqu’un qui a plus d’expérience qu’un autre dans un certain domaine.
- "Shi" signifie ville, pour celles qui atteignent un nombre suffisamment élevé d’habitants.

Celles et ceux qui aimeraient tout savoir de cette étude d'une grande rigueur scientifique prendront plaisir à consulter la communication mise à disposition sur : https://journals.plos.org/plosone/article?id=10.1371/journal.pone.0223447





10 octobre 2019

N° 225 - Cave... canem ?


J'entends à la radio qu'un boa s'est glissé sur le balcon d'un petit immeuble neuf et pimpant des hauteurs de Marseille. Il venait de filer en douce du terrarium d'une voisine de palier. Il faisait beau, ce n'était plus l'heure du pastis mais bientôt celle du déjeuner. Une petite chatonne se trouvait là, indécise et circonspecte devant sa première écuelle de croquettes. Le serpent n'en a fait qu'une bouchée pelue. Pauvre minette... Comme la grande Zoa, qui fut mangée crue, par son boa*... Le reptile mesurait un bon mètre d'après les premiers témoins. Il en faisait au moins deux corrigea la radio une heure plus tard. Les gratuits distribués le soir sur la Canebière décrivaient un constricteur carnivore atteignant trois mètres. Peut-être un anaconda. Mais c'est Marseille... et on ne connait pas encore le chiffre de la police.

Une semaine plus tôt une panthère noire avait déjà pointé sa truffe hors de la mansarde d'un galetas d'Armentières. Après être resté un moment aux aguets devant le chien-assis, le léopard avait entrepris de suivre à pas souples et comptés les longs chéneaux désertés par les chats de gouttière. Nombre d'Armentiérois apeurés virent ainsi rôder devant les lucarnes de leurs soupentes un Bagheera sombre et silencieux.


Nous avons donc, d'un angle à l'autre de l'hexagone, des voisins qui élèvent et gardent chez eux, plutôt mal, des bêtes sauvages ! Qui sont-ils, sont-ils fichés, font-ils au moins l'objet d'un signalement ? Celui-ci ne serait-il qu'un ardent militant de la biodiversité, désireux de nous en faire partager la richesse en nous offrant de côtoyer au quotidien les animaux de la jungle ? Celle-là anticiperait-elle les effets désastreux du dérèglement climatique en s'habituant à vivre au milieu des espèces tropicales qui migreront bientôt par hordes entières jusque chez nous ? Cet autre, après tout, n'a peut-être que des envies de savane et de safari, des soifs de baroud et de relents de ménagerie que son gros 4x4 SUV tout-terrain ne suffit pas à assouvir ? Par contre celui-là déplore manifestement que le pitbull et le rottweiler se soient trop banalisés et ne fassent plus vraiment peur. Il lui faut, pour se faire craindre et respecter, avoir pour cerbère à tenir éventuellement en laisse un fauve plus rogue et plus redoutable, un carnassier bien plus féroce. A défaut de pouvoir invoquer le second amendement ?
Notre monde s'ensauvage...


* Chez Régine...

4 septembre 2019

N° 224 - Volare, cantare, oh, oh...


J'entends à la radio que sept cent mille citoyens ont déjà dit vouloir voter sur la privatisation des aéroports de Paris. J'entends aussi que la petite Greta Thunberg a préféré le voilier au Boeing pour se rendre à New York, à l'ONU. Tout a bien changé depuis que Gilbert Bécaud rêvait d'aller le dimanche à Orly... Il est donc grand temps de mettre sa chanson à jour !

N.B.     Si vous n'avez jamais entendu parler de Gilbert Bécaud (et de ses cravates à pois) ou si vous avez tout oublié, vous feriez bien d'écouter d'abord un enregistrement de 1963 (!) sur https://www.dailymotion.com/video/x2kcaa (ne serait-ce que pour ne pas louper les changements de rythme).
Mais si vous étiez là quand j'ai testé une première mouture de ce remake lors d'une joyeuse fête d'anniversaire (c'était... dimanche à Croissy) n'ayez crainte : la fin n'est pas la même !


D'ici l'année 2021
Les financiers du gouvernement
Se promettent, si tout marche bien,
De vendre ADP au plus offrant.
Ils en espèrent au minimum
Un pognon de dingu' pour Darmanin
(On s'en doute sans être médium :
Chez Vinci on se frotte les mains...)
Le plus drôle c'est qu'en même temps,
On n'arrête pas, à la télé,
De nous dissuader fermement
De prendre l'avion pour voyager !

Faudra plus maint'nant à Roissy,
De l'aéroport, jamais décoller
En avion vers aucun pays,
Ni vers le Midi, pour aller bronzer...
Ce n'sera plus permis de polluer
Pour s'envoler au loin, et y glander...

Désormais avec ma Valentine
Le monde, on le sillonne en métro :
On a fait Luxembourg-Argentine
Par Pyramid's et Solferino.
Au lieu de descendre l'Amazone
De l'Ourcq on a longé le canal
Et pour préserver la couch' d'ozone
On a fait la canopée des Halles...

Plus question d'un tour aux Seychelles
D'un break aux Maldiv's ou à Tahiti
On n'se rend plus qu'à Saint-Michel
Des fois à Mals'herb's ou à Pernety.
Sous terr', bien au chaud, entre Parigots
On rafoll' des circuits "Pass' Navigo"...




P.S.     Ceux qui connaissaient Gilbert Bécaud ont évidemment vibré en découvrant le titre de ce billet. Mais ils se souviennent que c'est un crooner italien, Domenico Modugno, qui chantait "Volare, cantare..." (ou plutôt "Nel blu dipinto di blu") un autre fameux tube de l'époque. Allez, ne résistez pas, écoutez aussi : https://www.youtube.com/watch?v=t4IjJav7xbg.



15 août 2019

N° 223 - Lâcher prise !


Cette fois c'est le creux de la vague… Tout le monde est parti, il ne se passe plus rien, alors les "Mots Parallèles" aussi font relâche !

J'entends à la radio, ce matin... pas grand-chose !
Les vacances d'été, bien sûr, en sont la cause :
Les journalistes sont au vert et, de surcroit,
Moi, je n'écoutais plus Inter qu'un jour sur trois.

Au moins suivis-je les exploits d'Alaphilippe
Et (sans plus m'occuper du brave Edouard Philippe...)
Je sus tout sur le Tour et sur le maillot jaune
Sans jamais m'inquiéter des derniers gilets jaunes.

Je fus en Morbihan où déjà l'air marin
Me fit ne plus penser à Gérald Darmanin.
Au bout de la ria, sous la brume, oh, la mer
Est "trop" belle... Oublié aussi Bruno Le Maire !

Quand mes petits-enfants gagnaient au "Mille Bornes"
Je feignais d'en vouloir à la ministre Borne
Et lorsqu'ils culbutaient les quilles du mölkky
D'alerter Castaner, sur un talkie-walkie.

Jamais je n'ai quitté la table de ping-pong
Pour voir à la télé les bastons de Hong Kong
Ni je n'ai suspendu le tournoi de pétanque
Au motif que Pékin y concentrait des tanks.

J'aimais, en randonnant autour de Padirac,
Ne m'informer qu'un peu, mais surtout pas d'Irak,
Ni - devant un confit aux pommes sarladaises -
De Damas, où parade un al-Assad à l'aise.

Je me suis bien passé de Trump et de ses tweets,
De Poutine et Boris, des émirs Alaouites,
Et même de Macron, qui est je ne sais où.
On s'en moque, on s'en fout : aujourd'hui c'est quinze août !