21 mai 2014

N° 123 - Singin'…

Sur l'air de "Le roi Arthur avait trois fils"*


Elle administre la Justic', par Thémis,
Et ce n'est pas un mauvais choix, Taubira.
Ils voulaient la fair' chasser,
La virer, la limoger
Pour s'être abstenue de chanter**…

       Pour s'être abstenue de chanter, ohé ?     
       Pour s'être abstenue de chanter, ohé ?
       Pour crime de trahison
       Forfaiture ou désertion ?  
       Non : s'être abstenue de chanter !...

Un jour qu'une prima donna (on en a !)
Interprétait la Marseillaise (en fa dièse)
Fascinée par la diva
Eblouie, saisie d'émoi,
Elle est restée muette et sans voix.

          Il vaut sûr'ment mieux la boucler, ô gué !
          Il vaut sûr'ment mieux la boucler, ô gué !
          Que tout gâcher par un couac
          Se fair' siffler par la claque
          Quand on n'a pas fait la Star-Ac'…

Pourtant sa langue est bien pendue, on l'a vu,
Ell' ne la met pas dans sa poch', de gavroche.
Ell' discourt avec aisance,
Avec flamme et virulence
Et ne manque pas d'éloquence.

          Mais ell' n'est pas là pour chanter, OK ?
          Pas pour triompher au kara - oké
          Ni briller au hit-parade
          De ces bateleurs d'estrade
          Dont ell' subit les engueulades.

Ils l'ont traitée de tous les noms, de guenon,
En lui balançant des banan's, de Guyane.
Quand "y a bon" macho réac
Il vaut mieux être un macaque
Qu'une femme, ministre et black !...

          Par quoi donc Le Pen est-elle… choquée ?
          Qu'est-ce donc qui scandalisait… Copé ?
          Qu'elle ait chanté trop "mezzo",
          Ou qu'ell' soit Garde des Sceaux
          Au lieu d'être… gardée au zoo ?

                



**Si vous étiez en voyage, ou absorbé par vos travaux, ou si votre télé était en panne vous ignorez peut-être encore tout de cet épisode (lamentable…) de l'actualité politico-médiatique récente ? Vous pouvez vous mettre à jour sur http://www.liberation.fr/politiques/2014/05/12/taubira-la-marseillaise-et-le-karaoke_1015393.




11 mai 2014

N° 122 - Vous ne savez pas où est Caen ?


    J'entends à la radio que le Giro traverse l'Eire et l'Ulster. Pour une fois qu'ils font quelque chose ensemble, comme pour le 15 de trèfle, c'est plutôt bien, tu ne trouves pas? Pardon? Bon, alors, écoute, je t'explique : c'est en Irlande ; le 15 de trèfle, ce n'est pas au tarot, c'est au rugby ; et le Giro, ce n'est pas un fleuve, c'est du vélo. C'est le tour d'Italie. Ca y est, tu me suis? C'est clair, Bari, d'où ils vont continuer, ça fait un sacré bout depuis Dublin… Oui, prendre un ferry, ça doit être possible pour le peloton, mais l'eurotunnel, c'est moins sûr... En tout cas ils vont être dépaysés, parce qu'il n'y a pas de cottages dans les Pouilles. Pourquoi tu ris? Qu'est-ce que j'ai dit?

    Entre nous, ils auraient quand même pu se mettre d'accord avec le tour de France. Ah bon, tu ne savais pas que le nôtre va commencer dans le Yorkshire? Tu situes? Non, fous la paix à ton toutou... Le tour va partir de Leeds, in England. Ils pourraient au moins faire un bout de chemin ensemble, non? Bien sûr ! Surtout que ce sont les mêmes.

    Pour ça tu n'as pas tort : la géographie, la géopolitique, tout ce bazar, ça devient difficile à suivre, on y perd le nord et son latin. Tu vois, toi par exemple, tu n'avais pas encore imprimé que l'Irlande fait partie de l'Italie, ni que la France a absorbé le Yorkshire. Exactement : comme la Russie la Crimée. Remarque, d'un autre côté, nous aussi on cède pas mal de terrain, petit à petit. Regarde, il y a de plus en plus de Hollandais chez nous. Oui, rien qu'à l'Elysée, déjà. Et puis c'est plein d'Espagnols, à Matignon, à la Mairie de Paris…

    Et maintenant on va nous changer toute la carte de France. On va dégraisser le millefeuille. Tu dis? Ca tombe bien? A cause de ton régime, et de la crème? Justement, je t'explique pour la Normandie. C'est là que j'ai mes racines, tu le sais. Elle va peut-être annexer la Picardie. Eh bien, à propos de Racine, je te garantis qu'il y a des gens d'Amiens qui pourraient se retrouver Petit-Jean comme devant. Et qui pourraient se tirer en Suisse, tout bons apôtres qu'ils sont, en plaidant : "Tous ces Normands voulaient se divertir de nous" ! Tiens, tel qui rit vendredi, on ferait mieux de se méfier des Bretons. Figure-toi qu'il y a des chapeaux ronds à bonnets rouges qui trouvent que Cotentin et Côtes-d'Armor c'est bonnet-blanc et blanc-bonnet, et qui mettraient bien la main sur la Manche. Non mais, allo, quoi, on va où là? Rebaptiser la Vire et le Couesnon, passe encore, mais tu nous vois remorquer le Mont jusqu'à Isigny? Tout ça, tu peux me croire, ça n'est pas fait et ça va discuter ferme dans les chaumières !

18 avril 2014

N° 121 - Ponte et chaussé


J'entends à la radio que le pape François… (oui, François, comme François d'Assise ; étonnant, non, que celui-là n'ait pas eu plus tôt sa place au… Saint-Siège ?). J'entends hier que, fidèle à la tradition du jeudi-saint, le pape François s'est rendu dans un hospice, pour y laver cette fois les pieds d'une douzaine de pauvres gens, malades ou handicapés. Peut-être avaient-ils eu à cœur, pour que cela en vaille la peine, de ne porter depuis des semaines que les sandales du Poverello? Ou bien est-ce tout penauds qu'ils ont ôté leurs grolles, en s'excusant avec les mots de Félix Leclerc (oui, Félix, pas Michel-Edouard ; non pas Potin : Leclerc, le Québécois !) :

Moi, mes souliers ont beaucoup voyagé
Ils m´ont porté de l´école à la guerre
J´ai traversé sur mes souliers ferrés
Le monde et sa misère...

Ou bien les ont-ils gardées, méfiants, serrées entre leurs mains, en se souvenant, avec Guy Béart:

Dans la neige y avait deux souliers,
Dans la neige, qui étaient oubliés [...]
J´ai couru nu-pieds tant de chemins,
J´ai couru, je les prends dans ma main.
Je les chauffe, ils sont encore froids,
Je les chauffe en les gardant sur moi.
Ô miracle, les petits souliers,
Ô miracle, sont juste à mon pied !


Mais, le même jour, j'entends à la radio que, de temps à autre, un virtuose de la brosse à reluire s'installait dans un salon aux lambris dorés d'une annexe du palais pour y astiquer, lustrer, glacer les escarpins, derbys, richelieus et mocassins d'un mirobolant conseiller de notre président. Et là, je ressens comme un coup de pompe…


P.S. Autre titre possible : “Au culte, qui se perd”... Une autre idée ?

9 avril 2014

N° 120 - Post électoral


J'entends à la radio qu'il y a une ville, une petite ville. On n'en a pas parlé le soir des municipales. Une sous-préfecture de bocage, modeste. On dit :
    - Pourtant elle s'est vachement distinguée.
    - C'est normal, c'est normand.
    - Non, c'est du lard et du cochon.
Elle n'a pas de triple A. Les Moody's, les Standards & Poor's l'ignorent. Ils ne l'ont jamais notée ni dégradée. Elle n'a pas droit non plus aux cinq A de l'association amicale des amateurs d'andouillette authentique. On dit :
    - Celle de naguère, de Troyes, vaut-elle tripette ?
    - A Arras, la saucisse a six A, c'est sûr.
   - Et c'est la plus longue du monde : elle a fait le tour de la Grand-Place* !
On chipote là sur des chipolatas. La ville, la petite ville normande a un décuple V. Deux fois cinq, parfaitement. C'est le pays des vénérables et vaillants vétérans voraces de véritables viscères et ventrailles de vigoureux verrats virois. La petite ville s'est distinguée. En s'attribuant un V supplémentaire de victoire. C'est la commune de plus de neuf mille habitants qui Vire à gauche. La seule, en un seul tour. On dit :
    - Malheureusement, leur spécialité est de faire l'andouille…
et ça faire rire.
    - Mais leurs voisins de Villedieu restent à droite !
    - Là, c'est les cloches, et c'est aussi poêlant.

On reprend son sérieux. On en vient au coût des élections. Aux économies à faire. Voyez Kaboul. On a voté là bas aussi. Le dépouillement est en cours. 
On dit :
  - Ils ont la guerre, et pourtant ils participent, plus que nous.
  - Quel exemple... 
 - Mais il leur faut moitié moins d'isoloirs : les femmes viennent avec le leur. Leur dépouillement attendra. Et leurs cartes d'identité peuvent être imprimées en série, avec une seule et même photo. Il n'y a pas de petites économies.

22 mars 2014

N° 119 - Ni vu ni connu


J'entends à la radio… Je l'écoute à l'aube, sous la couette. J'écouette France Inter, en dormant en pointillés. La Charline du cinq-à-sept se mêle à la revue de presse de 8h30 et Bernard Guetta finit les phrases de Thomas Legrand... Pourtant j'entends, j'entends qu'on nous écoute. Au commissariat, les bretelles du planton doivent relier son oreillette à mon portable. Au Fort George G. Meade, Maryland, USA, un guy de la NSA ne perd rien de mes bavardages. Et le tableau de bord de mon blog repère des lecteurs-espions jusqu'en Russie et en Australie*.

On m'écoute, on m'épie, on me scanne. Les caisses du Miniprix enregistrent mes emplettes et les analysent, jour après jour. Le GPS me piste, il sait où j'erre, devant quel linéaire, près de quelle gondole. Un SMS m'alerte sur la promo du jour : sous mes yeux, trois camemberts faits à cœur pour le prix d'un. Mais j'ai une taupe dans la place, un employé au merchandising. Il m'avait prévenu et déjà mis trois lots de côté. Pour sa peine on ira boire ensemble un panaché Monaco. 

De toute façon j'ai maintenant un autre portable, rien que pour les courses, pour déjouer la traque. Justement, j'ai besoin d'un avis : "Allo Bismarck ? C'est Kossuth." Des pseudos, bien sûr. "Je prends un cookie ?"  C'est un code, entre elle et moi, pour coquelet rôti. (Penser à supprimer quand même le cookie cookie du navigateur. Et à enfiler mes gants pour payer en liquide, sans laisser d'empreintes sur les billets).


Je croise Madame G., une voisine, qui fait ses commissions elle aussi. Enfin, son robot. Un petit caddie autonome, bas sur roues, avec une tablette verticale de 12" à hauteur de poitrine. Sur l'écran, de l'index, elle me fait signe d'approcher, depuis son salon. Mrd…, elle m'a reconnu. Ma perruque afro et mon maquillage bantou n'ont pas dû tromper non plus les caméras. Au bureau du magasin mon profil-client est surement déjà traité par les ordinateurs. Les étiquettes électroniques on dû valser sur mon passage. Madame G. pose l'index sur ses lèvres. "Chut, pas de bonjour, pas de nom ! Vous pourriez m'attraper un pack de six Pernod-Ricard, là haut?" Je le mets dans son panier. Elle se floute et s'éloigne à petite vitesse. C'est un vieux modèle, sans bras télescopique.


En fait, aujourd'hui, elle fait les courses pour les Buisson, comme je les fais pour le père Lecomte. Un truc pour embrouiller grave les métadonnées. Tiens, je vais même lui prendre du rouge à lèvres et du mascara. Ca va faire du boulot à ces bavards du bureau !




* Hi, Malcolm !