23 octobre 2013

N° 111 - OGM




J'entends à la radio qu'un Tournesol d'outre-Manche a percé le mystère du yéti. Depuis des années ce savant curieux et obstiné bat la montagne, dans l'espoir de lui tomber sur le poil. Il y cherche des touffes de crin accrochées aux arbres ou aux rochers. Des poils sur le caillou, ça m'intrigue, évidemment… J'ai voulu en savoir un peu plus long.

Notre savant Cosinus, tout à son idée fixe1, est retourné au Tibet, où il a repris du poil de la bête. Il a glané, butiné, grappillé tant qu'il y avait du poil à gratter. Il est revenu, plutôt de bon poil, avec une pleine valise d'échantillons. Il en stocke chez lui tout un assortiment, de tout poil et de toutes époques. Pas pour fabriquer des brosses ou des blaireaux : il s'évertue à en confronter les ADN. Alors qu'à Lépanges-sur-Vologne on n'a rien tiré, en trente ans, de la salive d'un corbeau2, lui, il a réussi à faire parler le crin blanc d'un ancêtre d'ours polaire disparu depuis cinquante mille ans. D'après lui ce plantigrade arctique, venu musarder au Tibet à la faveur d'un rafraîchissement climatique, y aurait enjôlé une ourse brune, indigène et ingénue. Bizarrement ce n'est pas d'un bon gros nounours que la naïve native, séduite et abandonnée, aurait accouché, mais bel et bien de l'abominable homme des neiges3 !

Notre chercheur va maintenant se pencher sur le dahu. On sait que les dahus de l'hémisphère nord tournent autour des sommets dans le sens de l'histoire et des aiguilles d'une montre, comme les anticyclones et l'eau des lavabos, tandis que ceux du sud sont rétrogrades4. Quelques brins de poil et de rebrousse-poil pourraient démontrer que les fantaisies du climat les ont fait se croiser, eux aussi, sur les sentiers de naguère. Et quelques accroche-cœurs pendus aux branches de sites accidentés permettraient de rêver de croisements aussi féconds qu'acrobatiques. Encore qu'on ne connaisse pas de dahu aux courtes pattes en diagonale…

Mais revenons au yéti. Certes, s'il est à ce point effroyable, ce bonhomme des neiges ne plaide guère en faveur du métissage… Mais voilà au moins un homme qui ne descend pas du singe ! Et que la bonne-dame5-de-Rethel (bonne ? ou plutôt, elle, vraiment abominable ?) qui prétend n'être pas raciste, bien sûr, ne saurait redouter de voir un jour Ministre de la Justice6



Besoin d'éclaircissement, ou d'une piqûre de rappel ? Sur le navigateur de votre moteur de recherche, tapez :
1 Cosinus idée fixe
2 Vologne corbeau ADN            
3 Yéti ours
4 Anticyclone lavabo nord sud              
5 Dame Loudun                         
6 Rethel singe justice

13 octobre 2013

N°110 - Lily


Inhabituel, heureusement, un moment d'immense tristesse, mais d'actualité, sur un air emprunté, avec son titre, à Pierre Perret. On peut le fredonner, accompagné par http://www.youtube.com/watch?v=KL5R7xHlsBI.


   Ils l'ont trouvé(e) plutôt jolie, Lily
Elle arrivait des Somalies, Lily…
Dans un rafiot plein d'émigrants
Entassés comme des harengs
Par des passeurs indifférents.  
   Ell(e) fuyait la faim, la misère, Lily
La peur, les seigneurs de la guerre, Lily…
Autour d'elle ils étaient cinq cents
Debout déjà depuis longtemps
Sans rien se mettre sous la dent.
   Ell(e) voguait vers l'Eldorado, Lily
Sur cet improbable radeau, Lily…
Elle était pleine d'espérance :    
On allait lui donner sa chance
En Italie ou bien en France.

   Une lumière l'abusa, Lily
Elle crut voir Lampedusa, Lily…
On l'a poussé(e), près d'expirer,
Pour voir la terre désirée
Et la barcasse a chaviré.
   Elle a coulé tout doucement, Lily
Les bras en croix comme en planant, Lily…
Quand les plongeurs au fond de l'eau
L'ont aperçu(e) près du bateau
Elle était bercé(e) par les flots.
   Ils l'ont trouvé(e) plutôt jolie, Lily
Sous la mer encore embellie, Lily…
Ils l'ont entouré(e) d'un drap blanc
Puis déposée en bout de rang.
Elle avait peut-être vingt ans…




11 septembre 2013

N° 109 - Coup de boule


J'entends à la radio de quoi faire frémir les gens de mon âge. Nous ne sommes plus en sécurité nulle part !

Voyez cette Mamie claquemurée tout un dimanche dans les oubliettes des basses-fosses de sa banque, abandonnée au silence lugubre, aux ténèbres sépulcrales de la salle des coffres, cernée par un columbarium de casiers hermétiques et mystérieux. Un seul était ouvert, le sien, disponible et patient. Elle n'y avait malheureusement entreposé ni ballotin de Petits Lu, ni fillette d'Evian, ni bobineau de pq… Elle n'y serrait pour tout trésor que la carte bleue qu'elle n'osait porter sur elle, de crainte de se faire détrousser par un gredin. Elle se défiait de la canaille des faubourgs ; elle a failli périr victime de l'indifférence glaciale de la banque et de la finance(1)

Voyez ce brave octogénaire lâchement agressé alors qu'il jouait aux boules. Les pieds bien tanqués à l'intérieur du cercle, le jarret fléchi, il se préparait à faire un beau palet en tirant, modestement, à la raspaille. Ses compères des deux triplettes retenaient leur souffle, les yeux rivés sur le petit, quand ils entendirent le craquement sinistre d'une coquille qu'on écrabouille. Le pauvre vieux venait de se faire culbuter, démantibuler, ratatiner... Le monstre qui l'avait estourbi avait ramassé la boule(2). Il semblait s'apprêter à pointer, du bout de la trompe dont il avait balayé le pépé. Il venait de s'échapper de l'enclos d'un cirque forain pour se joindre à la partie(3).

Ce n'était donc pas assez de l'incivilité du vaurien, du larcin du tire-laine, de l'abus de faiblesse de l'aigrefin ? Voilà qu'il nous faut maintenant nous garder aussi des bêtes sauvages (dont, il faut le dénoncer, on ne contrôle pas non plus suffisamment les conditions de détention) et affronter chez nous les périls de la jungle. Quelle époque…


(2)    Il était venu sans les siennes. Il parait que les connaisseurs appellent cela "faire sa Micheline" !

5 septembre 2013

N° 108 - Belle Hellène


 J'entends à la radio un appel au peuple : il faut un million pour la victoire de Samothrace*. Et j'en entends qui râlent déjà et refusent de donner un sou pour une nouvelle expédition de Hollande! Oh là, pas de panique : il s'agit d'une statue grecque que le Louvre doit restaurer, celle de Niké, la déesse ailée de la victoire (d'accord, pas génial comme nom: être niqué, ça n'est pas ce qu'il y a de plus glorieux...).

Voyons, faites un petit effort de mémoire : Samothrace, ce n'est pas le nom d'une bataille, ni celui du vainqueur, c'est la petite ile, tout en haut, où on a trouvé la statue, en mille morceaux. On les a ramenés chez nous, recollés soigneusement, mais elle n'a toujours ni bras ni tête**.

Et ça n'est pas facile pour le Louvre : faire la manche pour une statue qui n'a pas de bras, ce n'est pas le pied ! Mais on s'est dit qu'avec le tronc on devait pouvoir faire la quête et, bien sûr, on a commencé par taper les mécènes. Sans trop de succès... Vinci a tergiversé : "La victoire, veni, vidi, vici, sans doute… mais, non, pas vinci." Nestlé s'est montré catégorique : "Pas de bras, pas de chocolat !" Chou blanc aussi, c'était fatal, avec les fabricants de smart-phones, l'industrie du shampoing, les marchands de lunettes…  Beaucoup de boites américaines comprenaient "Mickey" et ne voyaient pas bien où placer les oreilles. D'autres s'offusquaient : "For Niké ? What do you mean, bloody guys ?" On a appelé Nike, évidemment, mais ils ont été trop exigeants : "Il lui reste deux pieds ? Alors OK, à condition qu'elle mette des baskets." Du coup on a mis l'accent sur les ailes, mais les compagnies aériennes ont tiqué, à cause du vol sans visibilité.

Toujours est-il qu'il manque encore un million pour lessiver la victoire de Samothrace. Et qu'on fait appel à notre bon cœur. C'est vrai, on a déjà beaucoup donné pour les Grecs ces temps derniers... Mais est-ce que, malgré tout, on n'a pas réussi à trouver dix millions pour éponger la défaite de Sarko ?



**   Dommage… Elle avait sans doute, elle aussi, les bras blancs de Nausicaa (leukôlenos) et les belles tresses de Calypso (euplokamoi). ("Du grec ? Il sait du grec ?...").





Photomontage "Worth 1000"

30 juillet 2013

N° 107 - Quo non ascendet ? *


(La clé des bouts-rimés de l'autre jour n'a échappé à personne et nul n'a osé insinuer qu'ils n'avaient ni rime ni raison, ni queue ni tête, puisqu'ils ils rimaient par les deux bouts... Quant à la raison, nique-ab, nique-ab, c'est plus discutable... Après cet exercice "littéraire", reprenons nos devoirs de vacances (déjà ?!) pour une petite révision de mathématiques).


J'entends à la radio M. Sapin faire, à sa manière, le point sur le pari de M. Hollande d'inverser la courbe du chômage : "Le retournement n’est pas là. Il y a un ralentissement. Le ralentissement c’est le moment qui précède le retournement de la courbe du chômage".

Vous le savez, ces gens là ne parlent jamais pour ne rien dire. C'est au trébuchet que leurs conseillers com' pèsent les mots qu'ils leur susurrent. Si M. Sapin préfère "retournement" à "inversion", c'est qu'il y a une raison. Et, chers lecteurs, vous qui avez le goût et le souci du mot juste, vous êtes sensibles à la nuance : deux courbes, l'une retournée, l'autre inversée, ne sont évidemment pas plus parallèles que les mots qui les désignent.

C'est au volant, sur la route des vacances, que nous avons entendu M. Sapin. Ce n'est pas un hasard s'il a causé GPS. Qui, en effet, oublierait de ralentir avant de faire demi-tour immédiatement ? M. Sapin prédit donc, l'air de rien, que la courbe du chômage va revenir à son point de départ. Etonnant, non ? Mais tout bien pesé, ce n'est peut-être pas plus facile à concevoir que l'inversion de M. Hollande…


On ne peut pas douter que le Président, soigneusement briffé par son staff, se réfère, lui, à la définition rigoureuse et mathématique de l'inversion géométrique. "Id est" la transformation qui fait correspondre à un point M de la courbe (du chômage en l'occurrence) un point M' de sa courbe inverse, à partir d'un pôle O (le pôle emploi ?) et d'une constante k, avec OM*OM' = k. Si vous n'avez qu'un vague souvenir de la chose le petit schéma ci-contre vous sera utile. L'intérêt qu'il y a à afficher la courbe inverse plutôt que la courbe d'origine saute immédiatement aux yeux!

Ce serait de la mauvaise foi de trouver la ficelle un peu grosse, ou de la médisance d'insinuer que le mot inversion a été choisi à la légère. Ce serait faire injure au Président d'imaginer qu'il anticipe seulement une inflexion, un franchissement graduel de la tangente, un passage progressif de courbe concave à contre-courbe convexe, sans que la ligne cesse, peut-être, ni pour autant, d'être ascendante... Ce serait indigne de supposer qu'il veut simplement nous faire rêver de douces ondulations, de sinuosités harmonieuses, de cambrures souples, de rondeurs modelées, de galbes bien balancés…

Mais je m'égare. Ce pauvre M. Hollande n'a pas la chance de M. Raffarin pour qui la ligne, fût-elle en forte pente, était toute droite. Lui n'a d'autre choix que de biaiser, louvoyer, tournailler autour du pot et distiller dans le serpentin de ses circonvolutions cérébrales des formules alambiquées qui lui permettent de finir par une pirouette. Il ne va quand même pas se risquer à déclarer, platement : "Le nombre de chômeurs va diminuer" ?





---------------
* Jusqu'où ne montera-t-elle pas ? (Cf. les pages roses du dictionnaire, ou Nicolas Fouquet).