30 août 2018

N° 206 - Taïaut, taïaut !



J'entends à la radio que le vote d'un chasseur vaut deux cents balles. C'est la ristourne sur le tarif du permis de chasse dont M. Macron vient de se fendre, avant les élections européennes... Mais ce ne sont pas deux cents balles à blanc : un chasseur sachant chasser ne saurait chasser sans son flingue. Il ne pratique pas le no-kill, comme le pêcheur qui remet sa prise à l'eau1

Qui plus est, M. Macron (bien briefé par son mentor même pas occulte en gibiers et pétoires2) devrait accorder au courlis cendré, au grand tétras et au cormoran le droit de se faire, eux aussi, bientôt canarder3. Sans la moindre chance, une fois lestés de plomb, de reprendre leur vol et d'être offerts au tromblon suivant, comme feraient les pêcheurs... Il parait que le cormoran paierait ainsi son goût immodéré pour le fretin qui peuple encore les étangs. Cela a tout l'air d'un marché passé entre pêcheurs à la ligne et chasseurs à la carabine, sous prétexte de biodiversité à protéger. Aux dépens, entre autres, de la carpe et du lapin...

En tout cas les marchands d'escopettes se frottent les mains : un jeune qui économise deux cents balles sur le permis de chasse va pouvoir s'équiper correctement. Ce qui ne l'autorisera pas forcément à aller au lycée avec sa sulfateuse made in USA...




2 Si tu ne sais encore rien de M. Thierry Coste, lis par exemple :





11 août 2018

N° 205 - Coups de trompe


J'entends à la radio que Donald Trump sait comment mettre fin à la répétition des feux de forêt qui ravagent la Californie, comme le Portugal, la Grèce et même la Suède. Il a pépié qu'il faut couper les arbres.
On sourit : bon sang, mais c'est bien sûr ! Le réchauffement climatique, c'est du pipeau. On reste confondu devant tant de lucidité. Depuis Jacques de Chabannes, Seigneur de la Palice - qui serait encore en vie s'il n'était mort devant Pavie il y a cinq siècles - personne n'a rien dit d'aussi sensé. Pas d'arbres, pas de forêts. Pas de forêts, pas de feux de forêt ! C'est aussi évident, aussi limpide que pas de bras, pas de chocolat. A-t-on jamais entendu dire qu'on avait envoyé des canadairs arroser le Sahara ? Non. Eh bien voilà, c'est tout, c'est clair. De toute façon, les arbres c'était bon du temps du carbonifère, pour remplir les mines de charbon et les puits de pétrole. Mais aujourd'hui ils sont tellement nuisibles qu'on se demande pourquoi on a tant tardé à les interdire. Ils paralysent le pays en s'abattant sur les routes et les voies ferrées. Ils ruinent le tourisme en écrasant les campeurs dans leurs tentes et leurs caravanes. Ils déciment les populations en attirant la foudre. Enough !

Mais Donald ne met pas tous ses œufs dans le même panier. Il a pépié aussi qu'il faut quand même de l'eau, beaucoup d'eau pour noyer le feu. Pour ça il ne faut plus laisser les fleuves se jeter pour rien dans les océans (1).
On raille : il faut leur barrer la route, comme aux Mexicains, avec de longs murs. De longs barrages, pour former d'immenses lacs où il n'y aura qu'à puiser. C'est simple et facile à comprendre. Quand on pense qu'il y a cinq cents ans - là aussi - Léonard de Vinci, qui passe pourtant pour un génie, s'est fatigué à inventer la vis d'Archimède (ce loser d'Archie n'avait rien breveté, même pas sa baignoire...) pour faire monter l'eau des rivières dans les réservoirs ! Quelle ânerie... Archimède et Léonard ? Des low IQ. Donald, lui, voit juste : il suffit de transformer les rivières en réservoirs. Et si l'on engloutit des forêts du même coup, c'est toujours ça de pris.

Bon... il parait que ces gazouillis, c'est sa manière à lui de dire qu'il faut gérer mieux les Eaux et Forêts. Alors quand il lance le projet, all the way, d'une Force de l'Espace prête à allumer le feu sur le prochain champ de bataille de la guerre des étoiles (2), j'aimerais bien croire qu'il ne fait encore que gringotter, ou... zinzinuler (3)?



(1) August 6, 2018. @realDonaldTrump 
   California wildfires are being magnified & made so much worse by the bad environmental laws which aren’t allowing massive amounts of readily available water to be properly utilized. It is being diverted into the Pacific Ocean. Must also tree clear to stop fire from spreading !

(2) Cf : https://www.sciencesetavenir.fr/espace/systeme-solaire/force-de-l-espace-trump-aura-ses-space-troopers-en-2020_126652

(3) Comme le rossignol, ou la mésange.







17 juillet 2018

N° 204 - Marchons, marchons ?



J'entends à la radio le babillage exalté, le concert de congratulations dithyrambiques qui prolongent à l'envi ces jours de liesse et d'ivresse que j'ai, bien sur, comme des millions d'entre vous chers lecteurs, vécus à la télévision. Je ne voudrais pas qu'on me taxât d'acariâtreté, ni qu'on me fît grief d'être de ces rabat-joie, de ces trouble-fête, de ces pisse-vinaigre ou pisse-froid qui se plaignent toujours que la mariée soit trop belle. Mais, quand-même, il y eut plus d'un loupé inexcusable, plus d'un couac improbable, plus d'un incident stupéfiant qui incitent à penser que, malgré les apparences, notre Emmanuel Monarc est bien loin de tout contrôler...

Nous avons tous vu ces deux brigadiers à motocyclette, habituellement chargés de guider et sécuriser son convoi, se tamponner sous son nez et prendre un gadin qui pourrait leur valoir d'être mutés à la garde républicaine !
Nous avons vu les cracks de la patrouille de France, ces chevaliers du ciel, ces Tanguy et Laverdure de nos forces aériennes, ces super-héros à qui l'on confierait sans hésiter le manche à balai d'un Rafale lourd de missiles nucléaires, se tromper de bouton-poussoir et de feu de Bengale !
Nous avons vu Hugo Lloris, dit "no pasarán", le gardien vigilant et véloce, le garant de l'inviolabilité du dernier carré du territoire, pour tout dire l'ultime rempart de notre défense nationale, en livrer d'un orteil négligent la clé passe-partout à un franc-tireur envahissant !

Nous avons enfin vu le déluge s'abattre soudain des cieux moscovites et détremper sur place les Bleus et l'Emmanuel, comme s'il n'était qu'un vulgaire président normal de l'ancien temps. Nous avons alors mesuré, alors qu'un grand pébroc noir se déployait immédiatement au dessus du tsar Vladimir, mais de lui seul, le degré d'imprévision météorologique, d'impréparation et, disons le, d'amateurisme de l'entourage de notre e-Monarc. "Gouverner, c'est pleuvoir" confessait son devancier, qui avait suffisamment mouillé la chemise, le costard et les fumantes pour qu'on lui prêtât l'oreille sur ce point. Emmanuel dégoulinait... Parmi ses gardes affligés, ruisselant en silence, autour de lui rangés, il y avait nécessairement le porteur de la fameuse mallette. Si quelque crise internationale, fomentée peut-être par l'impavide Vladimir, avait alors nécessité de la sortir du sac, elle aurait pris l'eau de toutes parts et notre arsenal dissuasif aurait fait un gros plouf...

Citoyens, "on est les champions" sans doute. Mais la Patrie n'en est pas moins en danger !




4 juillet 2018

N° 203 - 80 maxi ?


J'entends à la radio que, partout en France, depuis le 1er juillet, beaucoup rechignent à ne plus dépasser 80. Je dois avouer que je me suis demandé si j'allais moi-même me plier à cette limitation. J'en devine qui froncent le sourcil, surpris que je me montre indocile. D'autres qui soulignent que cela concerne justement les amateurs d'itinéraires plus ou moins parallèles, dont la géométrie variable rend la sécurité aléatoire et parfois sujette à caution. 

Mon souci n'est pas là. J'ai précisément ce 1er juillet fêté mes 80 ans, en compagnie d'ailleurs d'un bon nombre de mes fidèles lecteurs. Devant eux je me suis posé la même question que Bécaud, il y a plus d'un demi-siècle : "Et maintenant, que vais-je faire" ? Ma chère épouse, qui m'accompagne avec un léger décalage horaire d'une dizaine d'années, m'a aidé à trouver la réponse, sur l'air (mais pas le ton) d'un succès de Charles Aznavour : "Tu t'laisses aller"...

👩Tu sais, t'es drôle à regarder 
T'es là, tu mang's, tu fais la fête 
Tu chant's, t'arrêt's pas d'rigoler 
Le champagn' te monte à la tête...
👨J'ai un peu bu, ça doit se voir, 
Mais ça me donne du courage 
Pour te dir' que j'ai bon espoir 
De ne pas vieillir davantage.  
J'attendrai qu'on ait le même âge
Pour rallumer tous ces bougeoirs...


👩 Je t'en prie ne dis pas d'sottises
Arrête un peu la vantardise
 
T'es pas sérieux, tu exagères,
Tu prends ça trop à la légère...
👨 Non, tes reproches seront vains
Car après ce premier juillet 
Tu sais qu'au delà d'quatre-vingts 
Faut pas aller, faut pas aller. 

Fair' davantage est défendu
J'ai plus l'droit de changer d'allure
Je vais garder, c'est entendu, 
A jamais la même figure 
La même voix tout de velours
Qui m'a valu l'heur de te plaire 
Les mêmes cheveux un peu courts
La même masse musculaire
Et le galbe extraordinaire
De ma brioche faite au tour.

👩 Comment peux-tu bien t'engager
A n'avoir pas l'air plus âgé
A demeurer le même encor
Voudrais-tu battre des records ? 
👨 Moi ? Pour garder résolument
Cette jeunesse inégalée
Sur le vélo d'appartement
J'vais pédaler, j'vais pédaler...

Et grâce à toi qui prendras soin
De mon régime et d'mes artères
Je ne prendrai pas d'embonpoint
Ma forme sera du tonnerre !
Un peu de marche, un verr' de vin,
Un petit scrabble certains soirs
Une pétanque et un câlin
Tu vois, c'est pas la mer à boire...
Voilà comment je vais pouvoir
Me maintenir à quatre-vingts.

👫 Et quand on aura au compteur
Tous deux quatre-vingts, comme une fleur,
On continu'ra sans s'presser
Sans imprudence et sans excès
On passera sous les radars
Sans jamais être repérés
Et l'on arrivera, peinards,
Sans s'emballer, à cent balais...



18 mai 2018

N° 202 - C'est normal...


J'entends à la radio - c'est vendredi, il est bientôt 9h - l'irremplaçable François Morel. Il ne faut jamais rien écrire avant d'avoir entendu François Morel. Surtout sur un thème qui lui tient à cœur et sur lequel il serait impensable, inimaginable, qu'il tienne sa langue et retienne sa verve. Si par extraordinaire vous ignoriez qui est François Morel ne croyez surtout pas ce qu'en dit le résumé qu'affiche Google (en tout cas ce matin) à droite de l'écran, sous quelques photos : "François Morel est un pianiste, chef d'orchestre, professeur québécois, surtout connu comme compositeur". Ce n'est pas le bon François Morel, sauf sur les photos ! 

Pourtant Google dit vrai quand il précise qu'il est né à Flers, en Normandie, le 10 juin 1959. Oui, François Morel est normand et c'est une raison majeure de bien l'écouter avant de cancaner sur certains sujets. Par contre ne vous alarmez pas d'apprendre à la ligne suivante qu'il n'est plus de ce monde depuis le 14 janvier. Je vous assure que je l'ai entendu ce matin dans le poste, l'esprit toujours aussi vif et la langue toujours aussi bien pendue. Il ne s'agissait pas de l'un de ces "bobinos" que son collègue Thomas Legrand exhume chaque matin des archives sonores de la station. C'est bien François Morel, en chair et en os, qui s'exprimait vertement (et en vers !) sur un point tout à fait d'actualité. C'est l'autre, le Québécois, qui est décédé cet hiver. Google, qui ne prête qu'aux riches, attribue ses talents au Normand qui en était déjà bien doté, au point d'avoir mérité quelques distinctions.


La moindre à ses yeux, comme à son nez et à ses papilles, n'est pas d'avoir été le premier ambassadeur des AOC et AOP de Normandie. Cette dignité lui a été conférée après qu'il ait fait sur l'antenne un "coming-out" résolu. Il a confessé ce jour-là être depuis son plus jeune âge un junkie définitivement incurable, un accro impénitent et insatiable à ce que des scientifiques américains venaient de dénoncer comme une drogue dure. Une drogue qui provient d'un triangle certes plus paisible que celui des Bermudes mais plus funeste encore, à les entendre, que le triangle d'or des confins du Laos, de la Thaïlande et de la Birmanie : celui que forment les petits bourgs de Livarot, Pont-l'Evêque et Camembert, au paradis tout sauf artificiel de la pâte molle à croute lavée ou fleurie...


Ce matin François Morel s'est élevé avec indignation contre le droit qui pourrait être donné d'étiqueter AOP des camemberts pondus à la chaine à partir de lait pasteurisé. J'avais hier commencé à griffonner quelques lignes sur le sujet. Mais, je vous en prie, écoutez plutôt François Morel : https://www.franceinter.fr/emissions/le-billet-de-francois-morel et son hymne au camembert !


Copie d'écran Google !