14 avril 2017

N° 181 - Six à sept




C'est un événement dont la radio ne dit rien. Mais elle a tellement à faire ces temps-ci... Tant de sondages à commenter, qui seront périmés demain... Tant de candidats à faire défiler, afin que chacun expose candidement ce qu'il fera une fois président.
Candidat, du latin candida : blanche. Blanche comme la toge qu'on portait à Rome (où l'on avait des principes) pour postuler à une dignité ou une fonction publique1. Vêtu, comme Booz des siècles plus tôt2, "de probité candide et de lin blanc". Booz qu'Hugo décrivait "à la justice enclin", allant "pur, loin des sentiers obliques". Booz, "généreux quoiqu'il fût économe" et dont la nature "n'était point avare, ni haineuse". Ah, Booz président ! Booz président !

Toujours pas un mot à la radio... Pourtant, j'ai entendu un quadragénaire ambitieux railler l'un de ses concurrents, au prétexte qu'il siégeait déjà au Sénat alors qu'il usait, lui, ses fonds de culotte aux bancs du collège3. Il a raison bien sûr : place aux jeunes ! L'âge compte, évidemment... Encore que cela se discute : "Car le jeune homme est beau, mais le vieillard est grand". Certes, la valeur n'attend pas toujours le nombre des années. D'ailleurs un allié (plutôt taquin ?) du même prétendant vient de lui rappeler qu'à son âge il y avait beau temps que Bonaparte était empereur et Alexandre maitre du monde4.

Vous l'avez compris, c'est le souci de l'âge qui me turlupine aujourd'hui. J'essaie de me rassurer, toujours avec Hugo : "Et l'on voit de la flamme aux yeux des jeunes gens / Mais dans l'œil du vieillard on voit de la lumière". Tu parles... Mon œil !

Ce que je tergiverse à vous dire (et que la radio ignore, évidemment) c'est que mon petit frère, le dernier-né des six frères et sœur, est aujourd'hui lui aussi septuagénaire.
C'est lui qui vous contemple du haut de la pyramide, sur la photo5. Nous l'appelons toujours Mino, tant parce qu'il est le benjamin, le minot, que pour abréger son prénom. Il était encore au collège que j'étais déjà ingénieur6! Chaque fois qu'il change de décennie, alerte : j'en fais autant l'an suivant....
A propos, j'aimerais bien qu'on fête cela tous ensemble, le moment venu. Et je compte d'ores et déjà sur lui pour divertir l'assistance grâce aux talents d'illusionniste, aux tours de passe-passe et aux dons d'imitateur7 qu'il exerce en virtuose... depuis le temps du collège.
N'imaginez là aucun double sens : Mino ne fait pas de politique. On peut quand même parler d'autre chose que de la campagne, non ?



1 Sans se faire offrir pour cela un habit neuf : en passant simplement à la craie sa toge de tous les jours. Ils sont fous ces Romains...
2 Pour cette citation et les suivantes, voir "Booz endormi", La légende des siècles, Victor Hugo.
3 Macron, à l'adresse de Mélenchon.               4 Bayrou, à l'adresse de Macron.
5 Moi, l'ainé, je suis le costaud coiffé en brosse en bas à gauche.
6 N'exagérons rien : tout juste diplômé...
7 Je vous ai déjà parlé de mon cadet, médecin et verbicruciste. Je fais aujourd'hui de la pub au petit dernier, photographe et magicien : voir http://www.mariage.com/prestataire-mariage/listing/onim-magie-de-table.


14 mars 2017

N° 180 - Vous chantier ?




J'entends à la radio qu'on n'en finit pas avec le prétendant que vous savez. Voilà maintenant qu'il se faisait offrir de riches costumes... Pire, il semble que les poches en étaient cousues, s'il est vrai qu'il se faisait reverser l'argent destiné à celles de ses enfants. Comme disait Molière : "Que la peste soit de l'avarice et des avaricieux" !
Tiens, à propos de Molière et puisqu'on en clause, je passais hier devant le chantier de construction d'un nouvel immeuble. J'y ai surpris une conversation entre Tartufo, le conducteur de travaux, probablement d'ascendance lombarde, et Hocine, un beur, le chef de chantier. J'en suis resté bouche bée. J'avoue que de mon temps d'ancien du BTP on était loin de s'exprimer aussi bien. Jugez plutôt.

Tartufo, parlant bas à son adjoint, dans l'algeco, quand il aperçoit Hocine
Laurent, avant ce soir il faut que tu peaufines
Ce rapport : fais le donc en vers, comme Racine !
Si l'on vient pour me voir, je suis sur le chantier
Où je vais écouter parler les terrassiers. ¹

Hocine, à part
Que de prétention et de coquetterie !

Tartufo
Que me veux-tu ?

Hocine
Vous dire...

Tartufo tirant un plan de sa poche.
                   Ah mon cher ! Je t'en prie
Approche-toi plus près, parle sans t'émouvoir.

Hocine
Pardon ?

Tartufo
         Vois ce dessin, j'ai besoin de savoir :
Ces gens venus d'ailleurs que tu prends à l'essai
Savent-ils lire un plan, où tout est en français ?

Hocine
Vous êtes donc bien prompt à la suspicion
Et vous croyez ces gens sans éducation...
Ce bétonneur syldave était là bas un ponte
Des services publics, à ce que l'on raconte,
Et ce coffreur poldève, on ne le dirait pas,
Pourrait être ingénieur : il était en prépa.

Tartufo
Mets dans tes beaux discours un peu moins d'empathie !
Est-ce que le français au moins ils balbutient ?

Hocine
Sachez qu'ils font bien mieux et tiennent des propos
Qui méritent je crois qu'on tire son chapeau.
D'ailleurs dans un instant, si rien trop ne vous presse,
Ils ont un examen par Madame Pécresse. ²

Tartufo
Parbleu ! Très volontiers.

Hocine, à part.
Comme il se radoucit !                                                           
Ma foi, je suis toujours pour ce que j’en ai dit.            

Tartufo
Viendra-t-elle bientôt ?
                                     
Hocine
                 Je l’entends, ce me semble.                                                    
Oui, c’est elle en personne, et je vous laisse ensemble.        


Vous vous rendez compte ? Jusqu'à cette façon de marquer la diérèse des diphtongues : prétenti-on, suspici-on, éducati-on ! Un vrai régal... Ah, cette "clause Molière" qui veut qu'on ne parle qu'en bon français sur les chantiers, vraiment quel progrès !



Notes
1.    Les connaisseurs auront identifié le détournement (en conservant la sonorité des rimes !) de la scène 2 de l'acte III du Tartuffe de Molière. Voir par exemple : http://moliere.gueuledebois.net/Tartuffe/LeTartuffe_3_2.html.

2.    Plusieurs conseils régionaux ont adopté la "clause Molière" visant à imposer l'utilisation de la langue française sur les chantiers de BTP. Après les Pays de la Loire, les Hauts-de-France et la région Auvergne-Rhône-Alpes, c'était le 9 mars au tour du Conseil régional d'Ile-de-France présidé par Valérie Pécresse (LR) de faire appliquer cette mesure. Pour en savoir un peu plus long voir par exemple : http://www.liberation.fr/france/2017/03/14/la-clause-moliere-tient-elle-la-route_1555421





8 mars 2017

N° 179 - Home away from home




J'entends à la radio qu'il y a énormément de fuites et d'indiscrétions dans les services de la justice. Celles dont je bénéficie, je ne vous dirai pas qui en est la source ni comment je les obtiens, bien avant tout le monde. Mais je vous laisse lire quelques extraits d'une correspondance qui m'est déjà parvenue. Vous verrez, c'est inédit (et ultra-confidentiel).
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Fleury-Merogis, le 8/3/2018

Dear François,
Yesterday au parloir I have seen Jeanne, ma remplaçante comme assistante parlementaire de ton remplaçant, M. Joulaud. You remember her ? Elle venait de Fresnes, où elle lui avait déjà donné des nouvelles de chez nous.  Let me tell you the essential. La pâtisserie a fermé. They say it's because of the embargo sur les sablés lancé par les fabricants de canelés. Par contre le Père Abbé is very happy : la cloche offerte par "La manif pour tous" est arrivée à Solesmes. Il parait qu'elle a été prélevée sur le carillon d'une église de Pau. Otherwise, l'office de tourisme aimerait mettre sur pied un circuit des lieux où j'ai travaillé pour toi ou Joulaud. But I told Jeanne : sorry, I can't help, je ne les connais pas tous. Please, don't forget de mettre ce mémo de côté, in case on me demanderait what I did in 2018 as a secrétaire générale adjointe de l'Elysée.
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Fleury-Merogis, le 16/3/2018

Darling,
Mes codétenues ne sont pas toutes very friendly... Elles me surnomment Peine-Ecope. Quand nous déjeunons au réfectoire elles disent que, quand même, tu pourrais, from time to time, nous faire porter des paniers-repas préparés par le chef de l'Elysée, en plus des oranges. What do you think ? Is it possible ?
Maybe I didn't tell you : je travaille à la bibliothèque de la centrale deux ou trois fois par semaine. C'est très intéressant. On me demande de lire un livre et d'en faire un résumé, half a page or so, en ajoutant quelques mots sur ce que j'en pense, pour aider les autres à choisir. Ils appellent ça une fiche de lecture. C'est un travail qui me plait beaucoup. And they pay me cinq euros par fiche ! Not bad, isn't it ?
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Fleury-Merogis, le 29/3/2018

Mister President,
Forgive me, darling, j'étais un peu irritated yesterday when, during their visite d'Etat, tu m'as fait la surprise de venir me voir à Fleury avec Melania, pendant que Donald était à Euro Disney. I guess it required a special authorization de Balkany, ton ministre de la Justice ? Je ne m'y attendais pas et je n'avais sur moi que mon bourgeron de tous les jours. Anyway, Melania really is a very nice person. Après que tu nous aies laissées, we worked together pendant une heure à l'atelier d'emballage. She helped me à fermer les colis et coller les étiquettes. Then, je l'ai emmenée dans la cour de promenade. On en a fait huit fois le tour, with the other girls, en file indienne. Melania enjoyed it a lot. Elle a trouvé ça beaucoup plus cool qu'à la White House. Vraiment, c'était une excellente idée de l'amener ici. Sincerely François : merci pour ce moment !


13 février 2017

N° 178 - Deo gratias !




J'entends à la radio que F. Fillon a dû regretter d'être allé à la messe à Saint-Gilles de la Réunion. Son staFF n'avait pas pensé à ouvrir un missel pour vérifier la liturgie du 6eme dimanche du Temps Ordinaire, année A. FF ignorait donc qu'il allait entendre les versets 5, 25-26 de l'évangile selon Saint Matthieu. Mais il a réussi à en subir la lecture sans que cela lui fronce un sourcil ni fasse bouger l'autre :
"Mets-toi vite d’accord avec ton adversaire pendant que tu es en chemin avec lui, pour éviter qu'il ne te livre au juge, le juge au garde, et qu’on ne te jette en prison. Amen, je te le dis : tu n’en sortiras pas avant d’avoir payé jusqu’au dernier sou".
Il faut dire que Matthieu, percepteur de son état avant de faire apôtre, ne plaisantait pas avec la thune. Mais, quand même, on ne sait plus à quel saint se vouer...

Si seulement FF avait pu patienter jusqu'au 25eme dimanche du même Temps Ordinaire, à la fin septembre ! Il aurait trouvé les versets 20, 1-16 du même Matthieu beaucoup plus agréables à l'oreille. Je vous résume la parabole. C'est l'histoire d'un vigneron qui fait travailler des journaliers. A l'aube il embauche une équipe de vendangeurs au tarif d'un denier par journée de douze heures (c'était bien avant Martine Aubry). Trois heures après il voit des types qui glandent et les engage à leur tour. Même chose à midi, puis trois heures plus tard. Une heure avant la fin de la journée, il tombe encore sur des fainéants qui trainassent et il les recrute aussi. Peu après, c'est la paye. Le comptable commence par les derniers arrivés et leur remet un denier. Bien sûr tous les autres râlent, surtout les vrais vendangeurs qui ont bossé depuis le lever du soleil : "Quoi, ils ne connaissent rien au métier, ils ont à peine travaillé, ce sont de vrais emplois fictifs, et ils touchent autant que nous" ? Alors le vigneron, sur le ton noble qui siérait à un sénateur, leur fait ce sermon :
"Mes amis, je ne vous fais aucun tort : n'étions-nous pas convenus d'un denier ? Prenez ce qui vous revient et allez-vous-en. Je veux donner à ceux-là autant qu'à vous. N'ai-je pas le droit de faire ce que je veux de mon bien ? Pourquoi voyez-vous d'un mauvais œil que je sois bon" ?

Finalement, il doit y avoir moyen de s'entendre avec ce Matthieu-là.






30 janvier 2017

N° 177 - Les métiers de Pénélope



Sur le modèle d'une fameuse chanson de Georges Brassens.


Toi l'épouse modèle, humble femme au foyer
Aux tâches du ménage à plein temps employée
Sans te soucier des horoscopes
Tu prenais comme il vient ton quota de bonheur
Sans jamais, non jamais rechercher les honneurs
Ni l'œil flatteur d'un caméscope
Toi la discrète Pénélope...

Dans ton petit village inconnu des curieux
Loin duquel officiait ton époux prestigieux
Allant de boutique en échoppe
Aimable avec chacun, prévenante et polie
Tu bourrais ton cabas de fruits, de brocolis
De rillettes et d'escalopes
C'était ta fonction, Pénélope...

Ton époux attentif au moindre de tes vœux
De peur qu'en ton castel tu ne t'ennuies un peu
Et t'adonnes aux psychotropes
Disait : "Après avoir bêché le potager
Pourrais-tu prendre soin des arbres du verger
Et de nos chevaux qui galopent ?"
C'était ton mandat, Pénélope...

Ton pieux époux et toi, vous fîtes des gamins

Que tu as aiguillés dedans le droit chemin
Leur barrant ceux où l'on s'éclope
A force de sermons répétés, rebattus
Tu leur as enseigné les sept grandes vertus
En priant qu'ils les développent
C'était ta mission, Pénélope...

Ne crains pas le courroux des Pères-la-Rigueur
Outrés qu'en fin de mois, une main sur le cœur,
Il t'ait glissé des enveloppes 
Dont l'obscur contenu, d'un montant substantiel,
N'avait peut-être aucun fondement officiel
Et paraisse même interlope :
Tu l'as bien gagné, Pénélope !





N'hésitez pas à essayer de chanter en vous aidant de la vidéo style karaoke accessible par https://youtu.be/CukkXM03ojs.

Si l'air ne vous dit rien, un détour par la version originale, par exemple https://www.youtube.com/watch?v=tDdnIFxSqWs,  est chaudement recommandé !