6 août 2014

N° 126 - Le Rat qui trouvait la vie duraille


Ou : la voracité des rats de nos cités


Un Rat, hôte des Rois, mais de peu de cervelle, 
Des ripailles du Louvre un jour se trouva saoul,
Las des bribes de pain, d'œuf ou de mortadelle,
Reliefs de festins à trois ou quatre sous
 

Balancés sous les buis d'indécente manière
A peine enveloppés de feuillets fort graisseux.
Bien que son ordinaire en fut des plus copieux
     Il rêvait de plus noble chère.

Avide de savoir s'il en va mieux aux champs
Il s'introduit un soir dans le sac d'un croquant
     Qui s'en retournait en Navarre.
Il s'en sauve au matin sur le quai d'une gare
     Détale sur le terre-plein
Suit un ruban de fer qui borne le chemin
Bondit de poutre en poutre au dessus de pierrailles
Entre sous terre enfin par un noir soupirail
Et s'engouffre tout droit dans une buse obscure.
Là, dans l'ombre, soudain, il donne contre un rat,
Un compère, accueillant, affable, gros et gras.
     Il lui conte son aventure
     Puis confesse humblement sa faim.
Messire Rat lui montre, au long du souterrain :
     "Voyez, l'ami, les fins serpents
     Qui de ce conduit sont les hôtes
Si longs qu'on ne saurait, tels qu'ils sont, côte à côte,
Dire s'ils ont la tête ou la queue au ponant.
La chair en est bien ferme et l'os de bon airain
Leur cuir tout bigarré semble de sucre d'orge
Et leur goût savoureux flattera votre gorge."
Là dessus, de concert, ils croquent, pleins d'entrain
     L'un le bleu
     L'autre le jaune et vert
     Quand un feu
     Un fulgurant éclair
Les foudroie à l'instant, morts, le poil hérissé.
Du rat finit ainsi la gourmande odyssée…

Mais un fracas terrible ébranle la vallée :
Deux vaisseaux monstrueux se heurtent, sont détruits,
Dans un sabbat de fer. Deux charrois empalés,
Aveuglés, sans boussole, après le court-circuit.

Petites causes, grands effets. Et lourdes charges…
Que n'ont-ils grignoté plutôt les quais trop larges ?
Cette fable nous dit qu'il faudrait faire loi
Qu'une fois assuré de la largeur d'un train
Un joueur de flutiau précédât le convoi.
Croyons-en le conseil des bourgeois d'Hamelin !





16 juillet 2014

N° 125 - Desserts "faits maison"

On continue dans le genre "jeux d'été" ?



J'entends à la radio que le puzzle des régions fait la navette entre les assemblées. Je l'avais dit : simplifier le millefeuille administratif, ça ne sera pas de la tarte ! Hollande pourrait bien l'avoir dans le baba, alors même que le pauvre, dont la cote est dans les choux, quête un regain de popularité...

 
   Il avait dit à Valls : "Vas-y, fonce, bâcle, à va comme je te pousse !". L'autre, rapide comme l'éclair, a tout de suite sorti son projet. Mais qu'on soit prudent ou bavard, oisif ou actif, on s'en moque à chaque nouvelle mouture ; on s'esclaffe ou tire dessus à boulets rouges. On prédit : c'est du flan et ça va ringardiser le président. Mais dans son refuge du Faubourg Saint Honoré, celui-ci s'en fout : "Me ringardiser, moi ? C'est un peu vache, ringardiser, non ?"

Alors Valls, pour éviter le micmac, arrondit les angles, patiemment dine ici avec un opposant, là tâte un récalcitrant, bref se met en quatre, car le temps presse. Mais il reste des cas à régler. Il y a la Creuse, que son cabinet, pour en sortir, a mise où ça n'intéresse personne. L'Alsace-Lorraine aussi, car la discussion à l'est - rude, elle - n'aboutit pas. Et la Bretagne, bien sûr. Quand ça passe mal sur la ligne Paris-Brest, on dit que ça couine à Manuel Valls. Tandis qu'Ayrault déplore l'hésitation de sa ville, flottante, indécise…

     Il y a derrière tout ça, on n'en fait pas mystère, un aspect financier. Il y a des régions qui ont de la galette, où l'on dépense, on douille, on gaspille sans lésiner. Où des ripous dignes de mépris font des profits, trop, le citoyen s'en doute. Mais pour les autres, c'est la question du cout qui prime.

     Les régions, certains s'en foutent, vous pensez bien… On le croit sans peine. Tenez, j'ai fait une petite enquête en banlieue. Un jeune beur s'est défilé, en me criant dans les oreillettes : "Salam, beau vioque !" Même chose avec un feuj : "Shalom, piti vié !" J'ai piqué un fard. C'est vrai qu'avec mon début de brioche, mes pompes à l'huile de phoque, mes jointures qui craquent, l'un dans l'autre j'ai peut-être un aspect de nonagénaire ?



P.S. Cette fois tu peux envoyer ta copie. Elle sera notée sur 40. Oui, 40 ! N'hésite pas à "charcuter" le texte...


27 juin 2014

N° 124 - Régime Crétois

Tu es en vacances, ou tu t'y prépares ? Alors, relax... Prends ce qui suit comme une sorte de jeu d'été, pas compliqué. Il y en a vingt-quatre à retrouver, pas plus, pas moins...


J'entends à la radio qu'une lichette de faux-beurre à l'oméga 3 serait plus néfaste à mon cholestérol qu'une jatte de crème fraiche d'Isigny* ! Comme beaucoup d'auditeurs lambda, je me sens un peu béta…

Le rituel de mon petit-déj n'a pas varié d'un iota depuis belle lurette. D'abord un enduit de margarine de un millimètre, à epsilon près, pour boucher les trous de la tartine. Puis une couche de confiture. Une bonne confiote haut de gamma la fraise... Là, ce n'est pas omicron près, tout dépend des fruits. Quand même, je suis raisonnable : le sigma des épaisseurs n'atteint pas le centimètre.

Mais les diététiciens, oups, ils l'ont** déconseillée ma noisette de margarine ! Ils ont mis ma noix zeta l'index… Tant pi. J'en fais phi. Après tout je suis encore en bon êta, en pleine possession de mes kappa cités, et solide comme un tau-rho, non ? Avec ma ligne je pourrais même faire du delta-plane ou de l'alpha-jet. Alors je ne vois pas pourquoi j'irais me mettre à nu chez je ne sais khi ou consulter un psi en thêta tête. Encore moins appeler ça mu tant que je ne suis pas au xi !




**Upsilon ?

21 mai 2014

N° 123 - Singin'…

Sur l'air de "Le roi Arthur avait trois fils"*


Elle administre la Justic', par Thémis,
Et ce n'est pas un mauvais choix, Taubira.
Ils voulaient la fair' chasser,
La virer, la limoger
Pour s'être abstenue de chanter**…

       Pour s'être abstenue de chanter, ohé ?     
       Pour s'être abstenue de chanter, ohé ?
       Pour crime de trahison
       Forfaiture ou désertion ?  
       Non : s'être abstenue de chanter !...

Un jour qu'une prima donna (on en a !)
Interprétait la Marseillaise (en fa dièse)
Fascinée par la diva
Eblouie, saisie d'émoi,
Elle est restée muette et sans voix.

          Il vaut sûr'ment mieux la boucler, ô gué !
          Il vaut sûr'ment mieux la boucler, ô gué !
          Que tout gâcher par un couac
          Se fair' siffler par la claque
          Quand on n'a pas fait la Star-Ac'…

Pourtant sa langue est bien pendue, on l'a vu,
Ell' ne la met pas dans sa poch', de gavroche.
Ell' discourt avec aisance,
Avec flamme et virulence
Et ne manque pas d'éloquence.

          Mais ell' n'est pas là pour chanter, OK ?
          Pas pour triompher au kara - oké
          Ni briller au hit-parade
          De ces bateleurs d'estrade
          Dont ell' subit les engueulades.

Ils l'ont traitée de tous les noms, de guenon,
En lui balançant des banan's, de Guyane.
Quand "y a bon" macho réac
Il vaut mieux être un macaque
Qu'une femme, ministre et black !...

          Par quoi donc Le Pen est-elle… choquée ?
          Qu'est-ce donc qui scandalisait… Copé ?
          Qu'elle ait chanté trop "mezzo",
          Ou qu'ell' soit Garde des Sceaux
          Au lieu d'être… gardée au zoo ?

                



**Si vous étiez en voyage, ou absorbé par vos travaux, ou si votre télé était en panne vous ignorez peut-être encore tout de cet épisode (lamentable…) de l'actualité politico-médiatique récente ? Vous pouvez vous mettre à jour sur http://www.liberation.fr/politiques/2014/05/12/taubira-la-marseillaise-et-le-karaoke_1015393.




11 mai 2014

N° 122 - Vous ne savez pas où est Caen ?


    J'entends à la radio que le Giro traverse l'Eire et l'Ulster. Pour une fois qu'ils font quelque chose ensemble, comme pour le 15 de trèfle, c'est plutôt bien, tu ne trouves pas? Pardon? Bon, alors, écoute, je t'explique : c'est en Irlande ; le 15 de trèfle, ce n'est pas au tarot, c'est au rugby ; et le Giro, ce n'est pas un fleuve, c'est du vélo. C'est le tour d'Italie. Ca y est, tu me suis? C'est clair, Bari, d'où ils vont continuer, ça fait un sacré bout depuis Dublin… Oui, prendre un ferry, ça doit être possible pour le peloton, mais l'eurotunnel, c'est moins sûr... En tout cas ils vont être dépaysés, parce qu'il n'y a pas de cottages dans les Pouilles. Pourquoi tu ris? Qu'est-ce que j'ai dit?

    Entre nous, ils auraient quand même pu se mettre d'accord avec le tour de France. Ah bon, tu ne savais pas que le nôtre va commencer dans le Yorkshire? Tu situes? Non, fous la paix à ton toutou... Le tour va partir de Leeds, in England. Ils pourraient au moins faire un bout de chemin ensemble, non? Bien sûr ! Surtout que ce sont les mêmes.

    Pour ça tu n'as pas tort : la géographie, la géopolitique, tout ce bazar, ça devient difficile à suivre, on y perd le nord et son latin. Tu vois, toi par exemple, tu n'avais pas encore imprimé que l'Irlande fait partie de l'Italie, ni que la France a absorbé le Yorkshire. Exactement : comme la Russie la Crimée. Remarque, d'un autre côté, nous aussi on cède pas mal de terrain, petit à petit. Regarde, il y a de plus en plus de Hollandais chez nous. Oui, rien qu'à l'Elysée, déjà. Et puis c'est plein d'Espagnols, à Matignon, à la Mairie de Paris…

    Et maintenant on va nous changer toute la carte de France. On va dégraisser le millefeuille. Tu dis? Ca tombe bien? A cause de ton régime, et de la crème? Justement, je t'explique pour la Normandie. C'est là que j'ai mes racines, tu le sais. Elle va peut-être annexer la Picardie. Eh bien, à propos de Racine, je te garantis qu'il y a des gens d'Amiens qui pourraient se retrouver Petit-Jean comme devant. Et qui pourraient se tirer en Suisse, tout bons apôtres qu'ils sont, en plaidant : "Tous ces Normands voulaient se divertir de nous" ! Tiens, tel qui rit vendredi, on ferait mieux de se méfier des Bretons. Figure-toi qu'il y a des chapeaux ronds à bonnets rouges qui trouvent que Cotentin et Côtes-d'Armor c'est bonnet-blanc et blanc-bonnet, et qui mettraient bien la main sur la Manche. Non mais, allo, quoi, on va où là? Rebaptiser la Vire et le Couesnon, passe encore, mais tu nous vois remorquer le Mont jusqu'à Isigny? Tout ça, tu peux me croire, ça n'est pas fait et ça va discuter ferme dans les chaumières !