2 avril 2013

N° 101 - Watching you


J'entends à la radio que Sa Majesté le Roi de Suède vient de se faire tancer vertement par Google. Motif : les immortels de sa Royale Académie ont eu l'outrecuidance d'introduire dans leur dictionnaire le mot ingööglåble ! Définition : "(adj.) Que l'on ne réussit pas à trouver sur internet". Inconcevable pour les googleboys et googlegirls. Qui tolèrent encore moins de se voir attribuer ainsi les lacunes de leurs petits concurrents. Oui, il en reste deux ou trois.

Reconnaissons-le et rendons-lui grâce : Google est partout, Google sait tout, voit tout et entend tout. Google s'occupe de tout. On parcourt le monde sur google-earth, des étendues enneigées de googligloo jusqu'aux océans de google-les-mouettes. On trouve son pain quotidien chez google-enfariné et de la brioche chez gougelhof. On constitue sa cave avec googloogloo, puis on cuve à google-de-bois. Les chômeurs, eux, cherchent espoir sur google-de-l'emploi…

Loué soit Google qui veille sur nous. Mais d'où lui vient ce nom baroque, à mi-chemin du glougloutement du dindon et du gargouillis d'un gargarisme? Ces deux grands O tout ronds, ces deux billes de loto qui ne nous quittent plus du regard me laissaient imaginer un lien avec les grosses lunettes dont les anglais aiment s'affubler pour conduire et qu'ils appellent des goggles.

Il n'en est rien. Google vient de Gogol. Pas de Nicolas Vassiliévitch, avec qui il n'y aurait plus âme qui vive sur le web. Du nombre gogol qui vaut dix puissance cent. Ou si vous préférez, puisque vous n'en ignorez plus rien*, dix milliards de fois un péta puissance six. Un un suivi de cent zéros. Google se fait fort de collecter, classer, gérer, ingurgiter et dégurgiter un gogol de tout et n'importe quoi. C'est énorme, prodigieux, gargantuesque… Ils ne vont évidemment pas prendre de gants, même en suédine, avec un pauvre Carl XVI Gustaf qui n'a pas dix millions de sujets à administrer !

Suis-je assez prudent, déférent, servile et laudatif ? Maintenant que, dûment googlisé**, je suis titulaire d'un blogoogle je ne vais pas courir le risque de me faire virer. Je ne me vois pas créer mon petit moteur de recherche à moi, bien de chez nous, jouer les Astérix et l'appeler… Go-Gaule !



* Voir le n° 96.
** Si, si ! Tapez mon nom pour voir, en commençant par le prénom. Non, ça ne suffira pas… Ajoutez "parallèles" (ou "terre", ou "earth", pour une vie antérieure). Sinon vous tomberez sur d'autres membres de la famille, abondamment et justement googlisés depuis longtemps…

8 mars 2013

N° C - Mots paparallèles


J'entends à la radio que les entretiens d'embauche ont commencé chez les cardinaux. J'encourage les cadres sup seniors à haut potentiel actuellement en recherche d'emploi à ne pas négliger cette opportunité (qui reste réservée au sexe fort*). Sachez qu'il est possible d'être un cardinal papable sans passer par les ordres. Si les conditions d'admission sont plus strictes qu'au temps de Mazarin, il peut suffire d'un appui dans la place et d'un bon dossier.

Ne vous contentez pas d'un simple CV. Ecrivez in extenso : curriculum vitae, en police tempora nova romana. Libellez correctement votre date de naissance : MCMXXXVIII, par exemple, si vous êtes né en 38. Mettez en avant les diplômes censés vous avoir préparé au job de pontife. Selon l'étymologie, le pontifex c'est celui qui fait le pont ; sortir de l'ENPC (qui plus est rue des Saints-Pères) constitue donc un atout.


Le poste étant assez médiatisé, une aptitude à porter la toilette est un avantage indéniable. Joignez une photo en pied si vous avez déjà porté la robe, au barreau ou dans la magistrature ; évitez toutefois celles d'un petit boulot chez Michou.

Dans votre lettre de motivation n'hésitez pas à indiquer sous quel nom vous souhaitez être appelé à régner. Une allusion au poème de Prévert serait néanmoins déplacée puisque le ci-devant pape n'est pas mort. Les noms qui ont beaucoup servi, tels Jean, Grégoire ou Léon, supposent d'assumer la comparaison. Agathon, Hormisdas ou Zosime ne présentent pas cet inconvénient et méritent d'être remis à la mode. Précisez le numéro de votre choix. Une mauvaise pioche peut ruiner une carrière : le cardinal-archevêque de Paris, dont le matricule est déjà sorti il y a 55 ans, n'a plus aucune chance. Limitez-vous aux nombres entiers, ordinaux plutôt que cardinaux, et bannissez les nombres irrationnels : un pape Pie p serait certainement brocardé.

Côté rémunération tablez surtout sur la sécurité de l'emploi et les avantages en nature : pappartement de fonction (mais avec sujétion d'astreinte), personnel de maison couventionné, papamobile de société, couverture suisse, etc... Tirez profit des circonstances exceptionnelles: l'ex-pape (plutôt que de papapeauter papatati-papatata avec les paparazzis) reste à même de transmettre son expérience ; l'employeur peut donc signer un contrat de génération. Tâchez aussi de négocier pour votre fin de carrière un paparachute doré ascensionnel vers le paparadis.

Et n'oubliez que vous laisserez certainement une trace dans l'Histoire. Imaginez qu'elle ait connu l'évêque Cauchon et qu'il soit devenu pape : le Pape-Lard de Madame Iacub, experte en papaillardise, papapouilles et papatachons, serait encore en librairie !


*Désolé pour la journée de la femme…

15 février 2013

N° 99 - Simple hippothèse

 J'entends à la radio… En fait, non, personne n'y parle d'alouette.
Et pourtant, alouette, gentille alouette,
"Sitôt que tu es arrosée
Au point du jour, de la rosée
Tu fais en l’air mille discours
En l’air des ailes tu frétilles
Et pendue au ciel tu babilles
Et contes aux vents tes amours
[…]
Lors je dis : Tu es bien heureuse
Gentille alouette amoureuse
Qui n’as peur ni soucis de rien…"
(Pierre de Ronsard)

Gentille et coquette alouette, tu minaudes et pirouettes devant les miroirs en girouette… Mais prends garde, tu es en train de te faire piéger, petite alouette des champs ! Toi qui prenais tant de plaisir à turluter, grisoller, tirelirer en t'envolant très haut vers le soleil du matin, pour y faire ton Saint-Esprit. Tu vas te faire prendre au filet, mignonne calandrelle, ou coincer sous la matole, jolie pispolette. Tu vas te faire plumer par les braconniers de Gascogne, et la tête, et les ailes, et le bec, et le cou... Hélas, pauvre mauviette, tu vas te faire boulotter…
Foutue pour foutue, ignore les cossards qui attendent béatement que tu leur tombes en piqué dans le bec, sans le moindre apprêt, mais toute rôtie. Oublie les cuistots de Pithiviers qui te bourreraient de farce avant de te fourrer en douzaine bien tassée dans une tourte feuilletée. Et méprise les gargotiers de Provence qui osent façonner des alouettes sans tête où n'entrent que du bœuf et du veau !
A la rigueur laisse-toi tenter par ce fameux pâté du sud-ouest qui te doit sa renommée. Même si, on le sait bien, il ne contient pas uniquement de l'alouette. Il me fait penser aux confitures de mûres que cuisait ma maman. Ces mûres qu'on allait cueillir aux ronciers de la lisière du Madrillet*, ces mûres dont le jus s'écoulait lentement du torchon suspendu comme un sac aux barreaux d'une chaise juchée sur des livres empilés sur la table de la cuisine. La recette était simple : "livre pour livre". Une livre de sucre pour une livre de fruits, à parts rigoureusement égales. Exactement comme pour le pâté d'alouette de Castelnaudary : une alouette, un cheval, à parité parfaite. Voilà qui est honnête et clair. Dans la terrine, rien d'autre qu'une petite alouette soigneusement désossée et un bon gros cheval de trait bien costaud ; et qu'importe après tout s'il est arrivé de Roumanie en pièces détachées.
Il est des enseignes et des emballages ornés d'un rouge-gorge plus écarlate qu'un cardinal**. Quelle chaine de grande distribution prendra pour emblème l'humble et modeste alouette des champs ? Et sera la première à nous mener en gondole, avec des moussakillons en barquette, des canneloniettes, des lasagnottes ou des raviolettes… d'alouette ?



* Pour ceux qui ne connaitraient pas bien l'histoire de Quevilly, c'était à l'époque un "champ d'aviation", où les alouettes n'avaient pas encore d'hélice.
** L'actualité va si vite que je n'ai pas su faire mieux pour passer de l'écurie roumaine à la Curie Romaine…



5 février 2013

N° 98 - Big bosse


J'entends à la radio qu'à Tombouctou les Maliens ont offert un chameau à François Hollande. Un camélidé, ma, quelle idée !... Parait qu'ils voulaient même lui faire cadeau d'une chèvre à Gao, d'un bouc à Bamako, pour sauver le chabichou de Charentes-Poitou. Du coup il pensait leur faire livrer un baudet, pour les remercier, mais il s'est méfié de l'âne au Mali. Et puis il a reçu un tweet : "Tu ramènes tout à l'Elysée : ton méhari, ta biquette, ton bouc, tout !". Les mauvaises langues disent qu'il n'avait pas besoin d'un chameau : il en a déjà un qui déblatère à la maison…

En fait de chameau, c'est un dromadaire. Un ou une, on ne sait pas. Chez les chameaux c'est clair : c'est chameau ou chamelle, mais chez les dromadaires, mystère… Alors, le sien, il est dromapaire ou dromammaire ? De toute façon il faudra lui trouver un(e) partenaire. C'est un plan auquel même Monsieur Mariton, le fougueux député de la Drôme, adhère. On ne peut pas rester célibataire à l'Elysée. Surtout avec une réputation de grand coureur. Vous me suivez, j'espère ? Dromadaire ça vient de dromos, la course, en grec. Mais ce n'est pas une raison pour bénéficier de la PMU  (procréation médicalisée universelle). Surtout quand avec son sens de l'orientation on peut se passer de GPS (gestation pour soi-même).

Quand même, un jeune chamelon à l'Elysée, ça n'est pas ordinaire. C'est un nouveau cheval de Caligula, ou le fabuleux destin de Mali poulain… Vous l'imaginez assistant par la fenêtre au conseil des ministres, la tête haute, la paupière mi-close, la lippe hautaine ? Reconnaissons en tout cas que les Maliens ont un sens politique affuté. Par ces temps de crise offrir un vrai chameau n'aurait pas été une bonne idée. Quand la conjoncture est mauvaise, quand les restrictions s'ajoutent à la disette et qu'il est au régime sec les deux bosses du chameau ramollissent, flageolent, s'affalent… Flasques, elles penchent, l'une à gauche, l'autre à droite. C'eut été un fâcheux exemple, un mauvais symbole... Les dromadaires, eux, ont la peau tellement tendue que leur bosse se tasse un peu, certes, mais elle reste bien droite, verticale, bandée, tendue vers le cap fixé par le boss. Et les chiens peuvent toujours aboyer, la caravane passe…

             En tout cas Joe Biden vient de le confirmer à Hollande : il n'a pas de meilleur soutien à Bamako… qu'Obama. Surtout depuis qu'il a un dromadaire qui baraque ! Et vous avez entendu notre président ; aux Maliens qui l'acclamaient, il a clamé : "C'est le plus beau jour de ma vie !". Les vivats ont couvert la suite. Dans la bousculade il avait un moment perdu de vue son animal de compagnie mais sitôt qu'il a entendu son blatèrement, il a repris, soulagé, le cri de Guy Béart : "C'est le plus beau jour de ma vie / J'ai retrouvé mon chameau !".

            Le dromadaire vit maintenant au château. Il va falloir que François s'en occupe, lui qui avait déjà les deux éléphants tubards de BB sur les bras… Et qu'il lui trouve un nom qui lui rappelle un peu ses racines. Pourquoi pas Johnny ? Comme Johnny soit qui Mali pense.

25 janvier 2013

N° 97 - Ma Normandie ?


J'entends à la radio qu'un vent nauséabond
Venu de Normandie a remonté la Seine *
(Il serait étonnant que par moi tu l'apprennes).
Moi, je n'ai rien senti. Je t'entends dire : "Ah bon" ?

Ton œil est incrédule et ta mine ébahie
Tu ne veux pas me croire et je le dis pourtant :
Non, je n'ai rien capté de ce gaz mercaptan,
Car j'ai longtemps vécu, tu sais, à... Quevilly !

Enfants, nous habitions à deux pas des usines
Devant un horizon barré de cheminées
Dont les émanations à peine raffinées
Allaient du blanc ou noir au jaune mandarine.

Saint-Gobain nous grisait de vapeurs azotiques
Un parfum de poussier venait des cokeries
Un fumet de choux verts de la papeterie
Et la Shell exhalait des senteurs benzoïques.

A Proust il a suffi d'un bout de madeleine
Pour rajeunir un jour, se retrouver enfant
Baigné de souvenirs oubliés de longtemps.
Il me suffit à moi d'un peu… d'acétylène.

Endormi, sous l'effet du gaz aromatique
J'ai revu les cargos, imposants, qui cheminent
Lentement, en suivant la courbe des collines
Au tournant de La Bouille, aux rives romantiques…

L'effluve a fait surgir dans mon songe rouennais
D'antiques pans de bois dans d'étroites ruelles,
Tinter des carillons aux clochers de dentelle,
Flamboyer des vitraux dont je me souvenais…

Dans mon sommeil enfin le gaz de Lubrizol
M'a fait voir dans les prés, de Louviers à Honfleur,
Les vaches qui broutaient sous les pommiers en fleurs.
Ca sentait bon la bouse, et pas l'éthanethiol…


*Pour en savoir un peu plus long, cf.: http://sante.lefigaro.fr/actualite/2013/01/22/19727-mercaptan-gaz-soufre-toxique-nauseabond