18 avril 2020

N° 237 - Grand public

J'entends à la radio que ce qui se passera après le 11 mai est loin d'être clair. Surtout pour les vieillards... Aussi ma chanson (https://youtu.be/Jf4fSXQADIs) façon "Les amoureux des bancs publics" (de Georges Brassens* bien sûr) risque d'être bientôt cataloguée comme "fake news"...


On s'observe de travers
Et le regard sévère
On change de trottoir
Quand approche un imprudent
Qui va le nez au vent...
Mais ça n'est pas mérité
Car à la vérité
Les masques, c'est notoire,
Ca fait déjà très longtemps,
Longtemps qu'on les attend...

Mais nous aurons un jour des masques grand public,
Grand public, grand public
Et l'on se foutra de l'esthétique
Qu'auront nos binettes !
Mais nous aurons un jour des masques grand public,
Grand public, grand public
On s'dira des bonjours hygiéniques
Dans nos masques à élastiques !

On ne se tend pas la main,
On passe son chemin,
Pressant un peu l'allure
On camoufle sa figure
Dans un gros cache-nez.
On va discrets et méfiants
Marchant d'un pas fuyant
Prenant garde surtout
A bien retenir sa toux                
Et pas postillonner.

Mais nous aurons un jour des masques grand public,
Grand public, grand public
Et l'on se foutra de l'esthétique
Qu'auront nos binettes !
Mais nous aurons un jour des masques grand public,
Grand public, grand public
On s'dira des saluts sympathiques
Dans nos masques à élastiques !

Munis de dérogations
Les vieux ont permission
De chausser leurs tennis
Pour faire un peu d'exercice
Sans sortir du quartier.
Ils font un circuit facile
Par un chemin tranquille
Où y a pas d'escalier
En suivant fidèlement
Les lois du confin'ment.

Mais ils auront bientôt des masques grand public,
Grand public, grand public
Et s'foutront pas mal de l'esthétique
Qu'auront leurs binettes !
Mais ils auront bientôt des masques grand public,
Grand public, grand public
Ils pourront fair' de la gymnastique
Avec leur masque à élastiques !

Quand le pic sera passé
Les jeunes gens lassés
De ce mal accablant
S'inquiéteront, on espère,
Du cas de leurs séniors
Et c'est au hasard des rues         
Qu'ils comprendront, émus,
Que peu de cheveux blancs
Peu de mami's ou grands-pères                             
S'y promènent encore...

Car lorsqu'ils recevront leurs masques grand public,
Grand public, grand public
On leur dira : "Faut qu'on vous explique 
L'affaire est pas nette...
Vous aurez beau porter des masques grand public,
A votre âge, ça s'complique...
L'confin'ment sans être automatique
Sera de durée... élastique" !


*https://www.youtube.com/watch?v=7VPPO4vdyqU




2 avril 2020

N° 236 - Insomnie



J'entends à la radio... A vrai dire, je n'entends que des petits bouts épars... Je ne dors pas très bien (je ne dois pas être le seul). C'est sans doute l'effet combiné des nouvelles, angoissantes, et des journées pas épuisantes. Aussi je me réveille tôt, mais je me rendors, en pointillé, ou somnole, mon petit poste en équilibre sur l'oreille... J'entends que le pape est mort. Je me secoue : le pape est mort ? Comment, au foot ? C'est une blague, un poisson d'avril ? Ah, il s'agit d'un autre, du pape de Marseille. Du fameux Pape Diouf, qui dirigea l'OM. Pauvre Pape Diouf (1)...

J'y songe, je n'aimerais pas être à la place du pape, le vrai, celui de Rome. En fait je n'aimerais pas être à la place de grand monde en ce moment ! Mais le pape... Je l'ai vu l'autre jour à la télé, seul, tout seul sous un auvent, face à l'immense place vide, entièrement vide. Il faisait peine à voir. Parlant, priant dans le vide... Et si le ciel était vide ?... Et si en plus y'a personne ?(2)... Personne pour répondre des malfaçons, des problèmes de finitions, de contrôle de qualité, de vices cachés... C'est bien beau les galaxies, la gravitation universelle, c'est vertigineux les années-lumière, c'est fascinant les trous noirs, mais ça nous fait une belle jambe, à nous, si personne n'a jeté un dernier coup d'œil, si le nettoyage de fin de chantier a été bâclé, s'il reste des virus sous le tapis... Sept jours c'était peut-être un peu court, on n'était pas à un près, on n'aurait pas chicané sur les délais, on ne tenait pas spécialement à essuyer les plâtres... Mais si ce n'est pas un coup d'essai, une version beta, alors c'est quoi le plan ? L'obsolescence programmée ? Pour qu'on cède la place aux chauves-souris et voir si elles se débrouilleront mieux que nous ? Si elles sauront mieux habiter, mieux partager cette petite planète paumée ?

Non je n'aimerais pas être à la place du pape... Ni de ses pairs d'autres confessions...
Mais je ne les mets certainement pas dans le même sac, la même "pouque"(3), que ce charlatan télévangélique rapace et braillard qui prétend anéantir le virus à grands coups de gueule inspirés d'en haut et guérir illico les jobards qui collent leur paume sur leur téléviseur (4)...
Ils sont discrets, bien plus discrets et efficaces tous ceux, toutes celles qui font tout, tout, au-delà du possible, pour nous sortir de là. En ne croyant peut-être qu'à la vie. Et ça suffit.




[2] Alain Souchon
[3] Patois cauchois...

22 mars 2020

N° 235 - Huis clos


Les infos sont angoissantes et nous avons des proches ou des amis malades... Pardon d'essayer quand même de nous changer un instant les idées. Avec aujourd'hui une sorte de conte. Disons que je le destine plutôt aux enfants, coincés à la maison eux aussi. Leurs parents ou grands-parents qui, parait-il, ne savent trop comment les distraire après la classe à distance peuvent leur proposer de l'illustrer, comme ils veulent. J'insérerai leurs dessins ou photos en regard de la fable. Merci d'avance !!


Huis clos


Je suis déconfit d'être confiné
Mais, en citoyen très discipliné,
De peur de me faire contaminer
A la piscine, au parc ou au ciné
Je navigue chez moi, sur les réseaux...
Je rêve d'aller faire un tour au zoo !...
J'ai compris qu'on a le droit de sortir
Un peu les animaux de compagnie,
Mais peut-on tenir aussi compagnie
A ceux qu'on ne laisse jamais sortir ?
Voilà, j'aimerais voir les grands oiseaux,
Et les fauves, caresser leurs museaux...
Ce faisant je pourrais rendre justice
A tous les gardes des zoos* qui nourrissent
Chaque jour à leur faim leurs pensionnaires,
Fidèlement, tout comme à l'ordinaire.

J'en rêve... En arrivant je dis au garde :
"Bonjour, je voudrais voir le pangolin."
Mais d'un œil courroucé il me regarde :
"Le pangolin ? Pas de pot, gros malin :
Le pangolin est dans son bungalow,
Il n'en sort plus, il a... un lumbago !"
Je m'étonne... Mais le garde m'enjoint :
"Va donc lorgner les ragondins,
Les vigognes de Bogota,
Les petits lapins angoras
Ou bien le lagopède alpin,
Mais fous la paix au pangolin !
Il est puni et confiné
Depuis qu'il a fourré son nez
Dans le pipi et dans les selles
Des chauves-souris pipistrelles.
Il y a chopé le virus,
Ce... moitié de diplodocus !"

Il parait qu'en Chine, à Shangaï,
On raffole du pangolin
Qu'ils en épluchent les écailles
Pour le bouffer, les margoulins !
Je trouve ça préoccupant...
Et si ce garde était un chenapan ?
Et s'il avait cuisiné, ce dingo,
Le pangolin en marengo
Et le conservait au frigo ?



· Pardon... garde des zoos et justice, je n'ai pas résisté...










5 mars 2020

N°234 - La vie en rose


J'entends à la radio que les octogénaires (dans mon genre) ne sont pas les mieux lotis face à l'épidémie... Qui sait si, une fois l'angoisse retombée, on n'en fera pas une fable ?

Un mal engendrait la stupeur,
Mal dont à l'Institut Pasteur
On n'avait point encor découvert le vaccin.
Virus Covidixneuf (c'était son vilain nom)
Faisait courir les gens, rongés d'appréhension,
En foule chez le médecin.
Ils n'en souffraient pas tous, mais tous étaient inquiets
Ne trouvant chez les boutiquiers
Plus rien pour subsister. Un vent de pénurie
Mettait les chalands en furie ;
A distance on se saluait,
Sans se toucher du bout d'un doigt ;
Les amoureux se repoussaient
Sans un baiser, saisis d'effroi.

Les docteurs proclamaient : "Contre la contagion
Il n'y a qu'une solution.
Si désormais, chacun, chacune,

Nous demeurons cloîtrés chez nous
Volets clos, porte close, à l'abri des verrous,
Peut-être on obtiendra la guérison commune"...

On ne travailla plus dès lors qu'à domicile.
La chose était assez facile :
On pouvait tout traiter avec l'ordinateur
Comme unique interlocuteur.
Que l'on fût écolier ou que l'on fût parent
Les yeux rivés à son écran
On ne quitta plus son logis.
Les heures s'écoulaient sans qu'on ne vît personne
Qu'au smartphone.

Il fallut cependant, mais sans démagogie,
Qu'on s'occupât là-haut un peu de l'intendance.
Le Préfet dit vouloir, selon toute justice,
Qu'aucun affamé ne périsse
(En gardant toutefois un œil à la dépense).
Tout village ou quartier eut donc un préposé
Chargé des commissions, qu'il venait déposer
Aux portes des foyers. On comptait bien trois heures,
Le temps que le microbe meure*,
Avant de toucher aux panières.
Il portait aussi les poubelles
Aux points de collecte éventuelle
Sans rechigner et sans manières.

On avait désigné pour ces tâches ingrates
La crème des anciens, les meilleurs, qui se flattent
D'avoir, après l'âge pivot,
Nantis d'une pension d'un suffisant niveau,
Mis en défaut la statistique
Qui prétend qu'au-delà d'un âge fatidique
On ne saurait longtemps frimer ni se vanter
De sa forme et de sa santé.
Ces bons vieillards avaient tiré tant de profit
De la sécurité sociale
Qu'ils pouvaient en retour avec philosophie
Assumer ces missions triviales !

Et si, vaincus, ils succombaient à la virose*
Ce n'était après tout que dans l'ordre des choses...



* Sans garantie...

* Attendre jusque là pour justifier le titre !!...

17 février 2020

N° 233 - Pas la joie...


Un coup de cafard… 
Un air guilleret de Charles Trenet aidera peut-être à le faire passer ? 
Mais il est bon, pour l'avoir en tête, de faire d'abord un détour par :
https://www.youtube.com/watch?v=ae9AQayZAzA.

Pas la joie… Ces temps-ci, les mauvais’s nouvelles
Pas la joie, tombent de partout à la fois.
Pas la joie... Du coup, même à "mots parallèles"
Pas la joie, non c’est pas la joie.
Tous les jours, la radio m’apprend au réveil
Sans détour, des trucs à me donner les foies
Que du lourd, j’avoue, j’avoue que ça m’effraye
Pas la joie, non c’est pas la joie…

Ca tourne pas rond aux six coins d' l’hexagone
Maintenant la grève et toujours les gilets jaunes…
On défile en foule en brandissant le poing
Contre une réforme où rien n'est encore... aux points.
On n’y comprend rien, c’est flou, c'est le bordel
On n'en voit pas l’bout, pas le bout du tunnel.
Du coup, en vingt-deux, d'après les bookmakers,
On voit qui pourrait remplacer les marcheurs...

Pas la joie… Le virus qui sévit en Chine
Se répand et commence à semer l’effroi
Il s'avère aujourd'hui que cette vermine
Contamin’… Contamin’s-Montjoie !
Pas la joie… Le vent se déchaîne en tempête
Les ruisseaux débordent chez les villageois
Plus de doute, il faut sauver notre planète
Pas le choix, on n'a pas le choix.

Des pervers diffus'nt sur les réseaux "sociaux"
Des coups bas abjects et des outrages triviaux.
Pour un cri du cœur sur un compte Instagram
On pousse à lyncher, à tuer une jeune femme…
Même un président traite ses détracteurs 
De chien, d'emmerdeur, de raclur' sur twitter…
Qu'il est loin le temps, le temps d’avant fac'book,
Où l'on se donnait du… bachi-bouzouk *!

Pas la joie... Ces temps-ci, les mauvais’s nouvelles,
Pas la joie, tombent de partout à la fois.
Pas la joie... Du coup même à "mots parallèles"
Pas la joie, non c’est pas la joie…
Tous les jours la radio m’annonce au réveil,
Sans détour, des trucs à me donner les foies,
Que du lourd, j’avoue, j’avoue que ça m’effraye
Pas la joie, non c’est pas la joie…


* On l'a compris, ce couplet fait référence, dans l'ordre : à un soi-disant "artiste" russe, à la malheureuse Mila, à Donald Trump, puis au colérique Haddock.