16 février 2015

N° 138 - X-file X-men

J'entends à la radio qu'au prétoire de Lille
Un homme reconnait que son tempérament
Le porte quelquefois à des façons... viriles
Qu'on ne saurait ici décrire décemment.
Ce blâme à son endroit a plus d'un... fondement
On le sait : ce penchant est son talon d'Achille
(Si par ces mots on peut désigner l'instrument
De ses égarements et violences fébriles...)

Ses manières pourtant sont autrement civiles
Lorsque d'économie il parle doctement.
Son discours est alors parole d'évangile
Et de tout auditoire emporte l'agrément.
En le trainant au banc d'un procès infamant
Une dame, là-bas, camériste indocile,
A privé pour toujours notre gouvernement
D'une tête bien faite et d'un talent fertile.

Car vous ne verrez point, citoyens versatiles,
Cet homme, intronisé par votre adoubement,
Du noble Panthéon gagner le péristyle
Une rose à la main, flegmatique et charmant...
Non plus que parader au cul des cent juments
De la garde à cheval, au petit trot tranquille,
Aux croupes en damiers, au mol balancement,
Dont les rousses rondeurs lascivement oscillent...

Car, sans l'hôtel du Nord, nous étions en péril...
Il aurait pu, qui sait, en folâtrant gaiment
Et craquant les boutons, actionner un missile,
Tout fier de la vigueur de son bel armement ?
Ou bien oser un jour souffler au Parlement
Qu'au lieu de peaufiner d'ineptes codicilles
Les séances de nuit gagneraient en piment
Si l'on pouvait venir avec ses baisenvilles ?..

Si des dames n'ayant qu'une crainte fragile
De l'attrait d'un palais et de ses ornements,
Et qu'un faible souci des conditions du deal
(Travail... dominical, sans dédommagement,
Gros contrat postérieur, mais mauvais traitement)
Avaient, après avoir testé son sex-appeal,
Décanillé sans un "Merci pour ce moment"
Aurait-il compris que, chez le juge, elles filent ?


1 février 2015

N° 137 - O Qatarinetta bella, tchi, tchi…

Cher Cheikh Tamim Al-Thani,

J'entends à la radio que, pour vous, le Mondial de handball, c'est râpé. Ne vous en faites pas, vous ferez mieux la prochaine fois, inch Allah. Il suffit que Karabatic se fasse naturaliser Qatari en prenant le nom de Katarabic. Même le goal, Omeyer, peut changer de camp en devenant Omeyyade*. On n'y verra que du bleu... Un bon cheikh comme vous doit pouvoir les décider. D'ailleurs, Roiné, le Français qui joue déjà au Qatar, vous êtes sur qu'il n'a jamais été au PSG, le club dont vous êtes le patron ? Saint-Germain, c'est bien la ville où est né le roi-soleil, non ?

Bon, on va dire que vous n'avez pas eu de chance... Parce que vous aviez mis le paquet, cher Tamim ! D'abord vous avez monté une équipe en achetant des vrais champions, un peu partout. Puis on dit que vous avez fait venir d'Espagne, par charter, des groupes de faux supporters ! Tout ça sans compter que, en face, un "Expert" sur trois était du PSG... Il faut le reconnaître : vous êtes un pro du showbiz, vous pensez à tout, vous ne laissez rien au hasard.

Alors pour le foot, en 2022, on vous fait confiance. Nos meilleures entreprises sont sur les rangs pour construire vos stades. Vous aurez affaire à des spécialistes : elles ont déjà construit le stade de France sur le site d'une usine à gaz. Elles feront tout pour vous faire plaisir. Si vous exigez des gradins réfrigérés, même s'il faut y laisser la peau des fesses, pas de problème. Si, après 2022, vous décidez de transformer vos stades en hôtels de luxe, avec un lac au milieu, ça baigne. Mais n'hésitez pas à solliciter d'autres services. Tenez, si jamais des bonnes âmes s'indignaient qu'il n'y ait que des hommes dans les tribunes, on a dans le BTP des gens en cheville avec Dodo la Saumure, qui pourra faire le nécessaire...






*Rappel : Les Omeyyades sont une dynastie de califes qui a régné sur l’ensemble de l’Empire musulman depuis Damas (661-750), puis dans la seule péninsule Ibérique avec l’émirat de Cordoue (756-1031). Ils tiennent leur nom de leur ancêtre, grand-oncle de Mahomet.


14 janvier 2015

N° 136 - Les beaux quartiers


    J'entends à la radio que nous étions des millions. Sans doute... Et tous ceux qui ont vécu l'évènement racontent à peu près la même chose qui cette fois, vous le comprenez, ne prête pas trop à rire ou plaisanter.

    Notre petite troupe, débarquée aux Halles d'un RER bondé, s'est mise en route de pied ferme. Le bon plan serait d'aller droit vers la République par la rue de Turbigo 1 (où Charlie eut ses bureaux). Mais les marcheurs y sont si nombreux que nous préférons ruser, passer par le Centre Pompidou 2, le Musée d'art juif 3, puis par l'étroite rue Portefoin, le Carreau du Temple... Nous jouons des coudes aux carrefours pour croiser les groupes qui suivent d'autres pistes (en perdant à chaque fois deux ou trois des nôtres...). Notre dernier carré renonce à atteindre le Boulevard du Temple, saturé, engorgé, congestionné, même par la rue Charlot (un autre Charlie ?4). Avec la foule nous descendons lentement la rue de Turenne pour rejoindre l'un des itinéraires de délestage, aux Filles-du-Calvaire (vous imaginez Charlie chez les nonnes de N.D. du Calvaire ?).

    Petit à petit nous approchons de Chemin-Vert. Nous sommes à deux pas de la rue des Tournelles, où vécut une famille qui m'est chère. Plusieurs ont disparu dans les charniers de Pologne ou ne sont pas revenus des camps, tandis que Simon, engagé volontaire et gravement blessé, méritait sur le front la Médaille Militaire de la République. Mais nous sommes tout près aussi de la petite rue Nicolas Appert, où les Charlie viennent d'être kalachnikés. Ce brave Appert, qui fut à la fois révolutionnaire et... conservateur 5 !

    Nous piétinons vers la colonne de la Bastille, une étape avant l'objectif final, la place de la Nation. Jusqu'où, en fin de compte, nous n'irons pas : il fait déjà nuit. Mais quel beau parcours, quels beaux quartiers... On y a le choix, pour lier la République et la Nation, entre les boulevards Voltaire et Beaumarchais. Celui-là défendait mordicus la liberté d'expression et le droit de dire ; celui-ci revendiquait haut et fort la liberté de blâmer et le droit de critiquer. Et son boulevard mène à l'endroit où ne restent au sol, pour toujours, que les traces 6 de la "bastille de droit divin".

    Mais ça, c'était autrefois, c'était il y a plus de deux siècles. De nos jours des gens que cela "gonfle", ou dépasse, coupent court à toute discussion à coups de kalachnikov...

    Je porte suspendue au cou l'affichette imprimée le matin. J'y ai ajouté une touche personnelle pour associer dans une même consternation les malheureux flingués froidement en raison (mais où y a-t-il de la "raison" là-dedans ?) ici de leur appétence pour la dérision, là de leur tenue et de leur dévouement, et là de leur attachement scrupuleux à des traditions vénérables. J'y ai écrit : "Nous sommes Charlie, flics et casher". En fait de touche personnelle, on lit sensiblement la même chose autour de nous sur des centaines de pancartes, de banderoles ou d'écriteaux ! Nous sommes des millions, sans aucun doute des millions, d'accord au moins sur l'essentiel : tu ne tueras pas, et il faut de tout pour faire un monde.



Quelques clés ou rappels à l'intention des plus jeunes, ou... des provinciaux :
1.  Voir un plan de Paris, Mappy ou Google Earth.
2.  Le successeur du premier, du vrai Charlie, celui de Colombey (http://www.republicain-lorrain.fr/moselle/2012/10/09/bal-tragique).
3.  Le MAHJ, Musée d'art et d'histoire du Judaïsme, 71 rue du Temple.
4.  Non, un promoteur du 17eme (siècle, dans le 3eme arrdt).
5.  Né en 1749. Inventeur de la conservation par stérilisation à chaud. Engagé dans l'action révolutionnaire de 1789 à 1794. Mort en 1841, plutôt... bien conservé, mais ruiné (http://fr.wikipedia.org/wiki/Nicolas_Appert).
6.  Un pavage retrace les contours de la forteresse sur le sol de la partie ouest de la place de la Bastille (http://fr.wikipedia.org/wiki/Bastille).







22 décembre 2014

N° 134 - Raieboucléricalembour


   J'entends à la radio que l'étiquette du poisson va bientôt nous révéler en quelle mer et par quels fonds il a été pêché, avec quelle sorte de ligne ou de rets, puis le nom vernaculaire que lui donne le vulgum pecus, ainsi que les mots latins par lesquels le savant désigne, lui, ce piscem (piscis, piscis, piscem, piscis, pisci, pisce)1. Seul le thon sera plus long et la raie plus large que l'écriteau. 

   Je demanderai demain qu'on me mette en filets, selon l'arrivage, un beau zeus faber ou un neocyttus rhomboidalis. Je confesse avoir un faible pour ce poisson que mon saint patron d'apôtre, pauvre pêcheur, prit en ses filets et marqua de l'empreinte de son pouce.

  A propos, le successeur de Pierre est fidèle, lui, à son patron d'Assise qui, plutôt que pêcher, prêchait aux oiseaux et autres animaux. François s'est arrêté l'autre jour, place Saint-Pierre, devant un enfant qui pleurait au premier rang de la foule :
    - Pourquoi pleures-tu ? Quelle nouvelle ?
    - Le petit chien est mort.
    - Ne pleure plus : tu le retrouveras au paradis 2 !
   Nom d'un chien, je ne m'attendais pas à ce que le ciel ressemblât à l'arche de Noé… Mettons qu'on y tolère, et encore, les chiens du Saint-Bernard et de Saint-Hubert ; et va pour le roquet de saint Roch. Mais j'apprécierais quand même, une fois dans l'au-delà, de ne plus avoir à regarder où je mets le pied. Cela prête à réfléchir...

   A propos encore (tous les chemins mènent à Rom...). Un SDF causait hier dans un micro-trottoir. C'est de saison. Il rendait grâce aux bénévoles charitables qui viennent en aide aux sans-abris. Mais il raillait une association qui, dit-il, leur distribue... des porte-clés3 ! Diable, qu'allez-vous attacher à cet anneau, à part la clé des champs ? Votre clé-bard ? Allons, rêvez un peu, tournez la clé des songes et la clé du mystère. C'est Noël : voici la clé de sol des cantiques, la clé à bougies du sapin, la clé de voute céleste. C'est Noël : mettez le mot-clé #noel en mémoire sur la clé USB. Et puis "voici des fruits, des fleurs, des feuilles et des branches", voici la clémentine, voilà la clématite... C'est Noël : les bergers se pressent à la crèche ; laissez-en la clé aux pâtres, avant la fuite en Egypte. Prenez plutôt les clés de saint Pierre (tiens, revoilà mon patron !) et celles du paradis. Mais attention : comme l'enfer, il est pavé de bonnes intentions. Et le pavé peut être gras et glissant : cave canem !