28 novembre 2013

N° 113 - Tournez manèges !


J'entends à la radio que la TVA a fait monter les managers de manège sur leurs grands chevaux de bataille. On a vu défiler derrière eux des gamines pomponnées, cramponnées à des poneys près de se tamponner... 

Ces manégeurs prédisent la mort du petit cheval ? Ils n'ont peut-être pas tort : est-il sain de surtaxer les cavaliers quand on se prépare à manquer de pétrole ? Va-t-on rançonner aussi les marcheurs, les cyclistes, les nageurs et les véliplanchistes ? Vous me direz qu'un canasson, c'est un luxe : c'est cher, c'est encombrant et ça ne bouffe pas seulement quand on s'en sert…

Mais on va s'organiser pour se passer de voiture ! On va rouvrir les relais de poste et installer un point d'Equilib' dans chaque quartier. On y choisira sa monture en fonction du besoin : un trotteur pour faire ses courses, un frison pour aller chez le coiffeur, un petit cheval pour le mauvais temps ou un pzrewalski pour se rendre au club de scrabble. On empruntera un bourrin comme un bouquin, à l'hippothèque, le temps de couvrir une équidistance. Le choix ne manquera pas, on a de l'équipotentiel. Bien entendu on apprendra à monter dès l'école, avec des classes équipées pour les handicapés moteurs (hippocagneux) ou visuels (hippotaupes). On remplacera les cours de morale, hippocritement à cheval sur les principes, par l'apprentissage des figures de dressage, depuis le pas de côté à l'équilatéral jusqu'au quadrille au carré de l'hippoténuse. Les équivalences de diplômes seront équitables et sans équivoque et l'on pourra mener ses études jusqu'à l'hippothèse de doctorat.

Enfin, répétons-le : faire ou manger du cheval, c'est bon pour la santé ! C'est un remède* contre l'hippotonie et l'hippocondrie et ça dispense de l'hipposuccion.


* de ch'val, aurait dit Bobby Lapointe.





9 novembre 2013

N° 112 - ±AA


J'entends à la radio que notre note est ABC. Le monde politique en est tout AJT. Le ministre des finances, bien qu'un peu NRV, RST serein. Mais il a beau LEV la voix et réclamer plus d'AQIT, il a du mal à FAC une mauvaise impression. Notre PI risque d'OQP cette fâcheuse position un moment et même d'IVGT. Le président semble très DπT (pour emprunter à l'αB du PY) et presque ÉBT, comme si ça l'AVHEV. Ca fait un drôle d'FÉ… Ah, s'il AVAJ plus tôt, avec davantage d'NRJ, on n'en serait pas là. Il se plaint, bien sûr, d'avoir RIT de la crise et de n'être pas OBI. C'est certain sa cote s'est ROD. On ne va pourtant pas KC son FIJ ni le condamner au JB ou à être DKπT (un autre AVQ ça au terme d'un règne FMR). Mais il n'a personne à qui refiler le BB et il est encore LIJ la prochaine fois*…



*Ca ne se voit peut-être pas, mais LIJ est écrit en bleu…

23 octobre 2013

N° 111 - OGM




J'entends à la radio qu'un Tournesol d'outre-Manche a percé le mystère du yéti. Depuis des années ce savant curieux et obstiné bat la montagne, dans l'espoir de lui tomber sur le poil. Il y cherche des touffes de crin accrochées aux arbres ou aux rochers. Des poils sur le caillou, ça m'intrigue, évidemment… J'ai voulu en savoir un peu plus long.

Notre savant Cosinus, tout à son idée fixe1, est retourné au Tibet, où il a repris du poil de la bête. Il a glané, butiné, grappillé tant qu'il y avait du poil à gratter. Il est revenu, plutôt de bon poil, avec une pleine valise d'échantillons. Il en stocke chez lui tout un assortiment, de tout poil et de toutes époques. Pas pour fabriquer des brosses ou des blaireaux : il s'évertue à en confronter les ADN. Alors qu'à Lépanges-sur-Vologne on n'a rien tiré, en trente ans, de la salive d'un corbeau2, lui, il a réussi à faire parler le crin blanc d'un ancêtre d'ours polaire disparu depuis cinquante mille ans. D'après lui ce plantigrade arctique, venu musarder au Tibet à la faveur d'un rafraîchissement climatique, y aurait enjôlé une ourse brune, indigène et ingénue. Bizarrement ce n'est pas d'un bon gros nounours que la naïve native, séduite et abandonnée, aurait accouché, mais bel et bien de l'abominable homme des neiges3 !

Notre chercheur va maintenant se pencher sur le dahu. On sait que les dahus de l'hémisphère nord tournent autour des sommets dans le sens de l'histoire et des aiguilles d'une montre, comme les anticyclones et l'eau des lavabos, tandis que ceux du sud sont rétrogrades4. Quelques brins de poil et de rebrousse-poil pourraient démontrer que les fantaisies du climat les ont fait se croiser, eux aussi, sur les sentiers de naguère. Et quelques accroche-cœurs pendus aux branches de sites accidentés permettraient de rêver de croisements aussi féconds qu'acrobatiques. Encore qu'on ne connaisse pas de dahu aux courtes pattes en diagonale…

Mais revenons au yéti. Certes, s'il est à ce point effroyable, ce bonhomme des neiges ne plaide guère en faveur du métissage… Mais voilà au moins un homme qui ne descend pas du singe ! Et que la bonne-dame5-de-Rethel (bonne ? ou plutôt, elle, vraiment abominable ?) qui prétend n'être pas raciste, bien sûr, ne saurait redouter de voir un jour Ministre de la Justice6



Besoin d'éclaircissement, ou d'une piqûre de rappel ? Sur le navigateur de votre moteur de recherche, tapez :
1 Cosinus idée fixe
2 Vologne corbeau ADN            
3 Yéti ours
4 Anticyclone lavabo nord sud              
5 Dame Loudun                         
6 Rethel singe justice

13 octobre 2013

N°110 - Lily


Inhabituel, heureusement, un moment d'immense tristesse, mais d'actualité, sur un air emprunté, avec son titre, à Pierre Perret. On peut le fredonner, accompagné par http://www.youtube.com/watch?v=KL5R7xHlsBI.


   Ils l'ont trouvé(e) plutôt jolie, Lily
Elle arrivait des Somalies, Lily…
Dans un rafiot plein d'émigrants
Entassés comme des harengs
Par des passeurs indifférents.  
   Ell(e) fuyait la faim, la misère, Lily
La peur, les seigneurs de la guerre, Lily…
Autour d'elle ils étaient cinq cents
Debout déjà depuis longtemps
Sans rien se mettre sous la dent.
   Ell(e) voguait vers l'Eldorado, Lily
Sur cet improbable radeau, Lily…
Elle était pleine d'espérance :    
On allait lui donner sa chance
En Italie ou bien en France.

   Une lumière l'abusa, Lily
Elle crut voir Lampedusa, Lily…
On l'a poussé(e), près d'expirer,
Pour voir la terre désirée
Et la barcasse a chaviré.
   Elle a coulé tout doucement, Lily
Les bras en croix comme en planant, Lily…
Quand les plongeurs au fond de l'eau
L'ont aperçu(e) près du bateau
Elle était bercé(e) par les flots.
   Ils l'ont trouvé(e) plutôt jolie, Lily
Sous la mer encore embellie, Lily…
Ils l'ont entouré(e) d'un drap blanc
Puis déposée en bout de rang.
Elle avait peut-être vingt ans…




11 septembre 2013

N° 109 - Coup de boule


J'entends à la radio de quoi faire frémir les gens de mon âge. Nous ne sommes plus en sécurité nulle part !

Voyez cette Mamie claquemurée tout un dimanche dans les oubliettes des basses-fosses de sa banque, abandonnée au silence lugubre, aux ténèbres sépulcrales de la salle des coffres, cernée par un columbarium de casiers hermétiques et mystérieux. Un seul était ouvert, le sien, disponible et patient. Elle n'y avait malheureusement entreposé ni ballotin de Petits Lu, ni fillette d'Evian, ni bobineau de pq… Elle n'y serrait pour tout trésor que la carte bleue qu'elle n'osait porter sur elle, de crainte de se faire détrousser par un gredin. Elle se défiait de la canaille des faubourgs ; elle a failli périr victime de l'indifférence glaciale de la banque et de la finance(1)

Voyez ce brave octogénaire lâchement agressé alors qu'il jouait aux boules. Les pieds bien tanqués à l'intérieur du cercle, le jarret fléchi, il se préparait à faire un beau palet en tirant, modestement, à la raspaille. Ses compères des deux triplettes retenaient leur souffle, les yeux rivés sur le petit, quand ils entendirent le craquement sinistre d'une coquille qu'on écrabouille. Le pauvre vieux venait de se faire culbuter, démantibuler, ratatiner... Le monstre qui l'avait estourbi avait ramassé la boule(2). Il semblait s'apprêter à pointer, du bout de la trompe dont il avait balayé le pépé. Il venait de s'échapper de l'enclos d'un cirque forain pour se joindre à la partie(3).

Ce n'était donc pas assez de l'incivilité du vaurien, du larcin du tire-laine, de l'abus de faiblesse de l'aigrefin ? Voilà qu'il nous faut maintenant nous garder aussi des bêtes sauvages (dont, il faut le dénoncer, on ne contrôle pas non plus suffisamment les conditions de détention) et affronter chez nous les périls de la jungle. Quelle époque…


(2)    Il était venu sans les siennes. Il parait que les connaisseurs appellent cela "faire sa Micheline" !