Billets d'humœur à périodicité aléatoire, géométrie variable et sujets... à caution (destinés notamment au délassement des cruciverbistes invétérés).
6 novembre 2023
N° 289 - Volare, oh, oh...
26 septembre 2023
N° 288 - Encore des mots, toujours des mots...
J'entends à la radio (oui, je vous rassure, elle remarche !) j'entends un chroniqueur de géopolitique commenter l'obligeance suspecte que manifeste aujourd'hui la Chine de Xi-Jinping à l'égard de la Syrie de Bachar-el-Assad, ou ce qu'il en reste. Il en voit le Chinois comme un futur hégémon. J'avoue que ce mot, que je n'avais certainement encore jamais employé moi-même, m'a interloqué. J'ai eu la curiosité d'en vérifier le sens. J'entends déjà les taquins prédire, en échangeant des coups de coude : "Attends, il va ressortir son vieux Lexis, édition 1975". Eh bien ! le mot hégémon n'y figure pas. J'attire au passage l'attention sur le point d'exclamation qui, n’interrompant pas ici vraiment la phrase, n’oblige pas à user après lui de la majuscule. Même la définition de l'hégémonie, dont je soupçonnais évidemment qu'il fût l'étymon, n'y fait pas référence. Je reconnais d'ailleurs à cette occasion que je n'avais encore jamais noté non plus qu'on désignât ainsi la racine qui donne l'étymologie d'un autre mot. Mais qu'il ignore l'hégémon n'est pas une raison pour me débarrasser de mon Lexis, pour le balancer dans quelque escalier aussi infamant que les gémonies où les Romains abandonnaient les suppliciés aux vautours. Ceci n'est qu'une autre parenthèse car les gémonies n'ont rien à voir, bien sûr, avec l'hégémonie. C'est pourtant wikipédia qui m'a rappelé le rôle de commandant en chef, tant militaire que politique, qu'avait l'hégémon chez les Grecs. Tout en citant l'exemple incongru de Ponce Pilate, préfet romain de Judée, plus connu pour ses ablutions et le soin qu'il mettait à se laver les mains que pour ses capacités à gouverner. L'hégémon incarne donc la puissance sans partage qu'exerce son propre pays sur quelques autres. La déclinaison du mot est limpide, naturelle, automatique : l'hégémon est l'artisan de l'hégémonie. Tout comme un cérémon doit être l'organisateur indispensable de grandes festivités, dont un philarmon dirige avec soin le programme musical, tandis qu'un parcimon veille, lui, à la dépense ? A l'accueil ce sont sans doute des chirognomons qui serrent la main des visiteurs et dérident les acrimons, que des physiognomons prennent quand même soin d'identifier par reconnaissance faciale ?
Chers amis lecteurs de "mots parallèles", quelle chance
vous avez d'élargir ici les champs de vos connaissances et de votre vocabulaire
!...
1 juillet 2023
N° 287 - Che calcio !
Je
n'entends plus rien à la radio, désolé... Elle grésille, elle crachouille, toute
brouillée et parasitée... Je l'avais, c'est vrai, à peine écoutée depuis un bon
moment et vous vous en êtes rendu compte, vous qui, nombreux, vous êtes
étonnés, sinon inquiétés, de mon silence. Mais, voilà, depuis plus d'un mois
nous avons d'abord fêté à une semaine d'intervalle deux jeunes et jolies
mariées, deux de nos petites filles, puis enchainé deux superbes voyages d'une
dizaine de jours, en Alsace et en Italie. Les lacs des Vosges, c'est beau, bien
sûr, mais les grands lacs qui se succèdent dans leurs écrins de montagne, du
Piémont au Haut Adige, c'est autre chose. Et les cimes acérées des hautes
falaises abruptes des Dolomites, c'est quand même plus impressionnant que le
Grand Ballon.
Mon petit
pocket-transistor DT-250 n'avait pas bougé de la table de nuit. Il était là, en
veilleuse, quand sur le versant d'un lac lombard j'ai retrouvé l'ancien
collègue avec qui j'avais déjeuné le midi même, face au château de Saint
Germain. Le lac miroitait tout en bas de la colline où, du bout du pied, nous
échangions des passes de ballon. Au-delà de la rive d'en face les crêtes,
suisses sans doute, se découpaient à contre-jour et le sillage des bateaux de
promenade tranchait le scintillement argenté de l'eau. D'autres anciens que
nous avions évoqués à table se sont joints à nous petit à petit, avec leurs
ballons, élargissant le grand cercle montueux et pentu de nos passes croisées.
En bas, à un kilomètre ou deux, des vedettes au mouillage étaient amarrées à la
jetée du port. Un jeune camarade tenta d'atteindre celle du bout par un long
tir en cloche qui fit flop. A mon tour je pris alors un élan formidable, d'une
large torsion du buste, et décochai du pied gauche un tir puissant et tendu vers
le plus gros des bateaux. Empêtré dans la couette j'atterris à plat-dos sur le
plancher, la nuque endolorie par le choc sur le plateau de la table de chevet.
Mon poste ne marche plus, il est détraqué. Si jamais le vôtre vous apprend
qu'un ferry-boat a coulé en face de Bellagio, soyez gentil, ne dites rien.
17 avril 2023
N° 286 - Modes de chez nous
25 mars 2023
N° 285 - A court d'eau bénite ?
J'ai entendu à la radio que les légumistes de Perpignan, désespérés de voir leurs laitues et leurs concombres sécher sur pied, ont emmené Saint Gaudéric faire le tour de leurs maraichages pour qu'il prenne conscience de la situation.
Ils ont été exaucés : il a plu comme vache qui pisse dès le lendemain matin. Mais je ne vous dis pas le ramdam en très haut lieu ! Saint Patern, un ancien évêque de Vannes qui garde un œil sur la récolte de la charlotte du Morbihan, n'a pas apprécié du tout de se faire griller la politesse. Mais ce ne fut rien comparé au courroux des deux frères Saints Maux et Vénérand qui veillent depuis des siècles sur la fraicheur des pâtures du diocèse d'Evreux : on aurait quand même pu se mettre d'accord pour pleuvoir tous ensemble sur les paroisses de France, sans tirer la couverture nuageuse à soi !
De toute façon il y a longtemps que les paysans ont fait une croix sur Saint Médard, ce picard pas si bon apôtre qui refuse obstinément toute coopération pluvieuse avant juin, où c'est déjà trop tard, et qui ne promet jamais, au mieux, qu'une resucée dans six semaines. Ils se méfient aussi de Saint Barnabé, un levantin qui ne connait rien à nos terroirs mais qui serait capable de lui couper l'eau et l'herbe sous le pied dès la première drache. Il n'y a même plus un fermier qui prenne Saint Gervais au sérieux quand il prétend refaire le coup de la Saint Médard, dix jours après...
Il reste quand même quelques croquants prêts à s'en remettre à Saint Antoine : puisqu'il a arrêté l'ondée qui menaçait ses ouailles (tu parles d'un miracle...) il peut bien en déclencher une à la demande ? Mais j'ai eu, moi, un ami parachutiste - paix à son âme - qui, un jour, est parti en torche. Il a levé les yeux vers là d'où il tombait et il a appelé : "Saint Antoine, aidez-moi !" Alors sont sorties d'un nuage une main, qui a saisi sa toile, et une voix :"Quel Saint Antoine ?" "Euh... Saint Antoine de Padoue." Alors le Saint Antoine a lâché : "C'est pas moi", et le parachute. Vous la connaissiez, bien sûr, mais elle est bien bonne. Surtout la chute. Alors, vous savez, faire confiance à Saint Antoine, même pour un parapluie...
Savoir à quel saint se vouer, c'est un sacré problème...
A mon avis, plutôt que de prier, essayez donc de chanter maintenant, de votre pire.
Ca n'est pas ça qui manque, chez nous, les chansons à pleuvoir : "Il pleut
sur Nantes", de Barbara ; "Le jour où la pluie viendra", de
Bécaud ; "Un p'tit coin d'parapluie", de Brassens ; "Il peut
pleuvoir", de Brel... Tiens, il me manque le cinquième B ? Ah, Béart !
Mais pour Béart "il fait toujours beau quelque part".





