Billets d'humœur à périodicité aléatoire, géométrie variable et sujets... à caution (destinés notamment au délassement des cruciverbistes invétérés).
10 janvier 2023
N° 282 - Mots biffés
8 décembre 2022
N° 281 - Des bougies à Noël ?
J'entends à la radio qu'on va délester, peut-être, peut-être pas, mais qu'il
n'y a pas de quoi paniquer... A tout hasard, préparons-nous quand même, sur un
air que tout le monde connait sûrement encore* ?
Qu'après quatre-vingts ans
Je ne pensais connaître...
Pourtant nous revoilà
De Charybde en Scylla
Au temps de nos ancêtres
Et dans notre foyer
Que tu trouvais douillet
Avant cette débine
Le temps est revenu
De rustiques routines
Que tu n'as pas connues...
Aux chandelles, aux chandelles
Nous dinerons en amoureux
Aux chandelles, aux chandelles
Sans EDF un jour sur deux...
Ils sont dans le pétrin
Ils ont tant de pépins
Tellement de déboires...
Peu de kilowattheures
Sortent des réacteurs
Tu ne vas pas le croire
On ne pourra bientôt
Manger un repas chaud
Qu'avec un peu de veine
Quand sera sous tension
Quelques jours par semaine
La plaque à induction...
La gamelle, la gamelle
On la chauffera de son mieux
La gamelle, la gamelle
Sur du bois mort, à petit feu...
Devant notre TV
De passer des nuits blanches
De grand film en polar
De série en nanar
Mais si l'on nous débranche
Et si déjà demain
Notre poste s'éteint
Ce n'est pas un problème
Car tu seras ravie
Je sais ce que tu aimes
Tu vas être servie...
Des poèmes, des poèmes
La nuit je vais t'en réciter
Des poèmes, des poèmes
Pas besoin d'électricité...
Ce sera notre tour
Que la télé s'arrête
Au moins nous n'y verrons
Plus ces pans de maisons
Ces immeubles en miettes
Où couvent des brasiers
Ces traces de quartiers
Où plus rien ne subsiste
Où des gens aux abois
Survivent les yeux tristes
Dans le noir et le froid...
En Ukraine, en Ukraine
C'est autre chose que chez nous
En Ukraine, en Ukraine
Ils n'ont plus de courant du tout...
* Mais si vous souhaitez vous remettre en mémoire la version originale de Charles Aznavour et Jacques Plante (1965), voyez par exemple https://www.youtube.com/watch?v=fVfnEyLOkrM
7 novembre 2022
N° 280 - Grosse pomme Tatin
Pourtant la conservatrice du musée de Düsseldorf a un scrupule. Elle a vu une photo de l'atelier de Mondrian où son tableau est sur un chevalet, dans l'autre sens. C'est en noir et blanc mais elle se fie aux espacements. Elle est tentée de le remettre à l'endroit, mais le tableau est trop fragile. D'autant plus que ce n'est pas vraiment un tableau : la toile est vierge, les bandes de couleur sont des rubans déjà plus très adhésifs. L'artiste tournait sans doute le châssis dans le sens qui facilitait son collage et l'on ne sait s'il avait tout à fait terminé quand la photo fut prise... Il y a bien un autre New York City de Mondrian au Centre Pompidou, fait un an plus tard, à l'huile celui-là, mais ce n'est pas le même canevas1. New York City 1 restera donc tel qu'il est, laissant chacun incliner la tête ou faire le poirier pour décider dans quelle position il ressent la plus forte émotion...
Je ne sais trop quelle est la mienne devant ce réseau de parallèles tricolores et primaires... Leurs entrelacs, leurs entrecroisements me ramènent aux origines de ce blog, où mes mots parallèles prétendaient faire écho aux mots croisés de mon puîné. Le tressage des rubans m'intrigue. J'en compte dix dans un sens et quatorze dans l'autre. Lequel a été posé le premier, dans quel désordre se sont-ils succédés et chevauchés ? Sans rien changer au motif ni aux couleurs il pourrait y avoir des milliards de combinaisons possibles2... Et même quatre fois plus grâce aux quarts de tours. Je vais proposer à mon frangin de nous lancer dans la confection de toutes ces variantes de New York City 1. Et de les numéroter soigneusement, comme nos autres œuvres.
1 - Voir par exemple : https://www.slate.fr/story/235625/tableau-mondrian-accroche-mauvais-sens-envers-new-york-city-musee-exposition
2 - 140 croisements dessus ou dessous, d'où 2140 = 1.39... x 1042 ??
2 novembre 2022
N°279 - Mange ta soupe !
J'entends à la radio que des attentats se multiplient dans les pinacothèques. Des factieux aspergent de potage épais ou de sauce pâteuse des toiles de grands maitres, en prétendant nous exhorter ainsi à renoncer aux énergies fossiles. Nous avons connu jadis un histrion wallon qui se faisait une joie d'aplatir des tartes à la crème sur les tronches des notables qu'il ne pouvait pas blairer. Il y eut aussi quelques enfarineurs, moins portés sur la pâtisserie, qui se contentaient de leur vider un sac de farine sur le crâne. Mais pourquoi donc barbouiller aujourd'hui de coulis de tomate les tournesols du malheureux Van Gogh ? Peut-on imaginer en effet une pub plus efficace, plus éloquente en faveur de l'énergie solaire que ces superbes fleurs héliotropes ? On se demande comment d'iconoclastes écolos osent balancer leur rata sur des plantes aussi vigoureuses, aussi généreuses, dont les larges feuilles, les fortes tiges, les riches huiles même - une fois recyclées après la friture - produisent tant de barils de bioéthanol ? Quelle sotte inconséquence...
D'autres ont jeté ici une
gamelle de purée sur des meules de Monet, là une giclée de ketchup sur la jeune
fille de Vermeer et sa perle d'oreille. On
renonce à comprendre pourquoi un sage et joli tendron enturbanné ou de paisibles
moissons des alentours de Giverny peuvent enrager à ce point des détracteurs
d'hydrocarbures... On craint qu'ils ne prennent d'autres chefs d'œuvre pour
cibles et ne les canardent de chantilly, de mayonnaise ou de crème de marrons.
On ne leur accordera même pas de circonstance atténuante si jamais ils
arrosaient de minestrone la Vénus de Botticelli, poussée par un doux zéphyr jusqu'au
rivage de l'ile de Chypre, toute nue dans le vent, debout dans la conque nacrée
d'une immense coquille Saint-Jacques. Bien que le placement de produit y soit
manifeste et le lobbying effréné de la Shell assez impudent...
9 octobre 2022
N° 278 - En attendant l'été de la Saint- Martin*...
J'entends à la radio que nos gouvernants prêchent d'exemple pour nous inciter à la sobriété énergétique. On n'a toujours pas rallumé le calorifère au Château ni dans les ministères, bien que les petits matins de ce début d'automne soient un tantinet frisquets : on s'y entraîne crânement à survivre par moins de 19°. On nous a montré le Président et son Grand Argentier posant en pulls à col roulé et la Première Ministre causant aux gazetiers vêtue d'une polaire. Piqués au vif, des échevins ont relevé le gant et enfilé des mitaines : en sa mairie de Creil le bailli s'est même coiffé d'une cagoule passe-montagne pour tenir conseil.
J'ai moi-même, sachant que le syndic avait fait strictement reprogrammer la chaudière, renouvelé sans attendre mon trousseau de marcels thermolactyl et de caleçons longs. Et puisqu'on parle déjà des fêtes de fin d'année je conseille aux vieux amis avec qui nous réveillonnerons sans chauffage de sortir dès maintenant de leurs greniers tout leur saint-frusquin de nippes molletonnées, de bonnets à poil, de boots fourrées et autres trophées de voyage pour les aérer et les épousseter avec soin. Prépare, Pamphile, ton qulittaq inuit en peau de caribou retournée et toi, Marinette, ton ouchanka à oreillettes en fourrure de renne. Défripe, Désiré, ta kossovorotka brodée, brosse ton ample touloupe de moujik yakoute et vérifie, Léonor, que tes valenki de feutre ne sont pas mitées. N'oublie pas, Nestor, ta papakha géorgienne de mouton karakul et toi, Rosette, sors pour l'occasion ton long kofte lapon et tes skallers à pompons et pointes rebiquées. Nous pourrons encore vous prêter au besoin une chuba tibétaine en laine de yack, un schtreimel de treize queues, un deel mongol doublé de peau de chèvre et deux ou trois bonnets péruviens tricotés. Et, comme vous savez, nous avons tout un assortiment de couettes, de plaids, de couvre-pieds et de tartans sous lesquels nous pourrons nous blottir pour prendre la tisane. Quel bonheur ce sera alors d'entonner ensemble, sur le coup de minuit :
Ami NestorAmi Nestor
Lève ton verre
Et surtout, ne le renverse pas
Et porte-le au frontibus






