19 juillet 2024

N° 296 - Actu

J'entends à la radio que... je l'entends à la radio mais, bien sûr, avant d'en faire état je vais m'assurer de ce qu'en dit la presse, la presse écrite. Parce que les flashes de trois minutes, météo comprise, c'est quand même un peu sommaire. Je vais vérifier sur mon téléphone. Ah, mon téléphone... Ce n'est pas seulement - en fait pas souvent - un téléphone, c'est un truc vraiment très pratique où je peux lire les journaux, tous les articles de tous les journaux. Je lis au moins les titres, une introduction ou un petit résumé. J'ai un grand choix, tout le choix proposé par google news, microsoft start, yahoo et d'autres, beaucoup d'autres. Mais il faut bien choisir, je ne vais pas y passer tout mon temps ; la moitié peut-être, au grand maximum... Google me le confirme : la meilleure application d'actualités sous androïd c'est google actualités. C'est vrai que c'est très complet. Et ne croyez pas qu'il n'y ait que des mauvaises nouvelles. Tenez, je viens de lire que la terre ralentit, que les jours s'allongent. Je vais donc vivre plus longtemps sans être plus vieux, c'est mathématique. C'est dû aux pompages de l'eau souterraine. Justement - je scrolle un peu plus loin – des écolos manifestent contre les méga-bassines. Avant j'aurais plutôt été d'accord avec eux mais, finalement, elles ont du bon ! C'est important de bien s'informer pour se faire une opinion. D'ailleurs j'ai lu hier que le temps qui s'écoule n'est qu'une illusion, induite par l'intrication quantique. Comme il n'y a pas d'interaction gravitationnelle en physique quantique, l’espace-temps est plat et, vu de l'extérieur, il ne se passe rien dans notre univers. C'est bon à savoir, même si j'hésite encore à considérer ça comme une bonne nouvelle. En tout cas j'admire la capacité qu'ont google et ses semblables à me faire comprendre les choses en aussi peu de mots, à me faire me sentir intelligent. Mais c'est normal : c'est rédigé par l'intelligence artificielle, c'est un plus. Le temps qui passe, c'est évidemment un souci à mon âge. Je lis que Joe Biden, mon cadet, a trouvé la solution pour être plus en forme. Je mets l'article de côté, pour plus tard. Trump, lui, n'a pas ce problème : il bénéficie de la protection divine, même s'il a eu chaud aux oreilles. Ses fidèles y voient la bénédiction de son programme : forer à tout va, finir le barrage, expulser en masse... Et bien sûr l'absolution complète de ses frasques. Quand je pense que, pour un peu, c'est l'abbé Pierre qui aurait été canonisé !




8 mai 2024

N° 295 - Du feu de dieux

J'entends à la radio qu'elle est née du soleil, au creux d'une parabole. Jaillie au sein du sanctuaire dédié au dieu suprême de l'Olympe, elle a été pieusement nourrie par ses prêtresses, vestales aux toges immaculées et virginales. Puis le premier des missionnaires a empoigné la torche, le cierge du feu sacré et, prenant le petit trot, s'est mis en chemin.

La flamme vient d'arriver à Marseille sur ce fier et beau trois-mâts baptisé Belém, du nom qu'au Portugal on donne à Bethléem. Jadis ce n'est qu'une pauvre coquille de noix à la dérive depuis les côtes de Judée qui fit s'échouer les Saintes Marie sur un banc de sable de Camargue. La foule qui, trois fois l'an, conduit en procession la barque et les soi-disant reliques des deux Marie et de Sainte Sara depuis l'église jusqu'à la mer est souvent aussi dense que celle qui s'est pressée aujourd'hui sur le Vieux-Port pour y vénérer une lampe-tempête, y encenser une lanterne...

Maintenant qu'elle est enchâssée dans un ostensoir inoxydable et fuselé, la flamme commence un long périple. Il me rappelle celui de Notre-Dame du Grand Retour... Il y a quatre-vingts ans (eh oui, je m'en souviens !) cette statue d'une autre Marie embarquée parcourut pompeusement la France entière, de Lourdes à Boulogne-sur-Mer, de paroisse en paroisse, accueillie, escortée partout par des foules ferventes et confites en dévotion. Les gens chantaient alors, du même alléluia, la madone, la fin de la guerre et le retour des prisonniers(1)

La flamme va sillonner le pays, enchaînant au train de footing de ses flamines(2) les chemins de Compostelle, des pèlerinages de Chartres et des pardons bretons. Les curieux et les supporters en survêts massés le long du parcours, unis dans l'idolâtrie bigote des dieux du stade, vont y guetter la lueur d'une sorte de veilleuse de tabernacle en balade, ou de petite langue de feu de pentecôte buissonnière. Peut-être vont-ils quand même vaguement espérer que le temps des jeux soit aussi celui de la trêve, où prisonniers et otages rentrent enfin à la maison ?

Va pour allumer, ranimer, brandir la flamme. Et pour cesser le feu...


(1) Voir https://fr.wikipedia.org/wiki/Notre-Dame_de_Boulogne#Grand_Retour_(1943-1948)

Et une vidéo d'époque : https://sites.ina.fr/normandie-pour-la-paix/focus/media/NI0003

(2) Le mot du jour : dans la Rome antique les flamines étaient les gardiens du feu sacré.



6 avril 2024

N° 294 - Sehr schwer...


J'entends à la radio que le président du Botswana s'apprête à expédier en Allemagne vingt-mille éléphants. J'ai d'abord soupçonné un bobard, juste après la mort de L. de Brunhoff, l'auteur de Babar. Mais, j'ai vérifié, ce ne sont pas des fake news à la... Trump : il s'agit bien de vingt-mille vrais bons gros éléphants.

Evidemment le Bundesministerium der Verteidigung, le Ministère de la Défense, est sur les dents. A Berlin on n'oublie pas que Hannibal avait fait le coup aux Romains, depuis Carthage, en passant par l'Espagne et les Alpes. C'était moins loin et on dit qu'ils n'étaient qu'une trentaine, d'accord, mais c'était il y a deux-mille-deux-cents ans...

On se demande quand même si M. Mokgweetsi Masisi ne sous-estime pas le problème logistique. Comptons six tonnes pour un mâle, quatre pour une femelle : on parle d'un troupeau de cent mille tonnes, en gros. Il ne faut pas prendre ça à la légère. De plus ce ne sont pas des migrants ordinaires : des zodiacs feraient difficilement l'affaire. Ne rêvons pas non plus d'une armada d'arches de Noé : le Botswana n'est pas au bord de la mer ! Il y a bien l'avion. On pense évidemment au Boeing jumbo-jet. Mais à raison d'une seule dizaine de couples par vol, bonjour l'empreinte carbone...

A supposer qu'il existe un chemin le long duquel ils pourraient trouver de quoi se nourrir et qu'ils fassent finalement la route à pied, comme ceux de Hannibal, à la queue-leu-leu, accompagnés d'un alignement de cornacs, cela pourrait ne prendre qu'un an. Au moins cela laisserait à nos voisins le temps de s'organiser. Mais vous vous doutez que beaucoup seraient inquiets, à commencer par les Saxons qui tiennent des magasins de porcelaine.

Si je comprends bien, l'autre option c'est d'inviter vingt-mille tartarins d'outre-Rhin à zigouiller chacun son pachyderme dans la savane de l'Okavango et de les laisser en rapporter chez eux les oreilles et la queue. On recommande le fusil A-Square Hannibal (!) et les cartouches 577 Rounds Tyrannosaur calibre 15 mm. Le recul vous démolira sans doute l'épaule et les munitions sont à 30 dollars pièce, mais elles stopperont net tout solitaire qui oserait vous charger.

C'est justement le genre de safari que les Grünen allemands voudraient interdire à leur compatriotes, mais c'est ce qui a fâché M. Masisi. Ses écolos à lui se plaignent en effet que les éléphants, de plus en plus nombreux, ravagent leurs cultures de maïs, de sorgho et de citrouilles et écrabouillent parfois les petits enfants. M. Masisi a déjà tenté de persuader les Angolais d'en accueillir huit-mille et les Anglais d'en faire paitre autant à Hyde Park. Sans succès... Alors l'idée de les disperser, à défaut, dans les nombreux parcs de Berlin, très vastes, très verts, très accueillants, semble séduisante. C'est du win-win, gagnant-gagnant.

Reste l'épineuse question du transport. Angela Merkel dirait peut-être : "Wir schaffen das !" comme en 2015 ?2

 


1  En allemand schwer signifie aussi bien lourd que difficile.

2 "Wir schaffen das“ (nous y arriverons) était le slogan qui, pour Angela Merkel, symbolisait sa politique d'accueil des réfugiés (la Willkommenskultur).



26 mars 2024

N° 293 - Bulletin de chanté

J'attends à la radio (vous l'avez ?) j'attends à la radio qu'on me scrute aux rayons X (là, on ne précise pas : ex-Twitter). J'enchaine depuis Noël les visites à l'hosto et au labo. Rien de grave, à ce qu'on me dit : c'est seulement fatal, à mon âge... Encore faut-il s'entendre sur le sens qu'on donne au mot fatal. Les mots sont essentiels. J'en découvre de nouveaux à chaque examen, chaque intervention, qui ne sont pas tous définis dans mon Lexis. Alors j'essaie de me faire une idée de ce qu'ils cachent.

Tout a commencé par des épisodes de tachycardie. La, la, la la la, chantait à peu près Montand,
Dir' que ce mot me semblait vieillot,
Aujourd'hui il me semble nouveau,
Et puis surtout c'était toi et moi,
Ces deux mots ne vieillissent pas.
Souviens-toi on parlait de tachycardie
A la pause entre deux rock'n'roll
Tous les deux, amoureux, nous avons dansé
Tant de chos's aux cadences folles...

Cela m'a valu une coronarographie. Six syllabes c'est déjà difficile à prononcer, mais une en A entre trois en O, j'ai du mal... C'est l'un des plus longs de nos cent-trente-et-un mots en "ographie". Le plus fort c'est que coronographie, plus simple et plus court, existe aussi. Même les cardiologues s'y perdent ! Je me permets de citer l'Institut de France et sa Fondation Recherche Cardio-Vasculaire : "Qu’est-ce que la coronographie ? La coronarographie est l’examen qui consiste à faire une radiographie filmée de vos artères coronaires". Mais, voilà, les astronomes prétendent s'en réserver l'usage pour étudier les étoiles, leurs éclipses et leurs comètes. A mon avis le risque de confusion est faible. Encore que Jean-Jacques Lafon, un chanteur devenu médecin, chantait jadis :
Fais valser mon cœur dans les étoiles
Autour des feux de la Saint-Jean
Pour chacun de nous brille une étoile
Pour toujours dans la nuit des temps...

Mais ce n'est pas tout : le compte-rendu de mon dernier examen qualifie au passage mon abdomen de pléthorique. Sans faire de rhétorique je trouve ça excessif et désobligeant. 

Va pour arrondi, renflé peut-être... Mais pas pléthorique tout de même ! Pourquoi pas pansu, distendu, boursouflé tant qu'on y est ? Ou, pis encore, bedonnant, ventripotent, apoplectique ? Voire gidouillant, façon Père Ubu ? 
La bedaine, la bedaine
Ca voulait dire
On est heureux
La bedaine, la bedaine,
Quand on mange deux jours sur deux...

J'y lis aussi que je ferais preuve d'un peu d'hépatomégalie. Est-ce à dire que j'aurais tout simplement, modestement - rien de mégalo là-dedans - un point commun avec les oies grises des Landes, celles que l'on gave de Périgord en Chalosse ? 
Et bien puisqu'il parait que tout me rappelle, toujours, une vieille chanson, en voici une dernière, de Frédéric Mistral (ça vous épate ?) : "O Megali !" (vous l'avez ?)

- Oh! mai, se tu te fas pescaire,
Ti vertoulet quand jitaras,
Iéu me farai l’aucèu voulaire,
M’envoularai dins li campas.

- O Magali, se tu te fas
L’aucèu de l’aire,
Iéu lou cassaire me farai,
Te cassarai.

- Si tu prétends aussi me suivre
Quand tu jetteras tes filets
Je me ferai oiseau rapide
Par la lande m'envolerai

- O Magali si tu te fais
Une oie sauvage
Chasseur à mon tour deviendrai,
Et te chasserai !


Je remercie pour ce billet... genre "On connait la chanson" :
- D'abord Alain Resnais pour ce film (1997)
- Puis Haydn Wood et Frederic Weatherly pour la version originale de "Roses of Picardy" (1916)
- Sydney Bechet pour sa version jazzy (1954, https://www.youtube.com/watch?v=iUcW677LqpQ)
- Yves Montand pour la sienne, plus langoureuse (1981, https://www.youtube.com/watch?v=hm9lLbQjQSk)
- Jean-Jacques Lafon pour "Le cœur dans les étoiles" (1987, https://www.youtube.com/watch?v=jt5GEY57pno)
- Alfred Jarry pour sa pièce "Ubu roi" (1895)
- Charles Aznavour pour "La bohème" (1966, https://www.youtube.com/watch?v=fVfnEyLOkrM)
- Et le grand poète de langue d'oc, Frédéric Mistral, un félibre, pour "O Magali" (1855) chantée par Adrien Legros (1930, https://www.youtube.com/watch?v=HHzOCKtaGTQ).

14 février 2024

N° 292 - La mémoire qui flanche ?

J'entends à la radio que Joe Biden perdrait la mémoire... Tout ça parce qu'il a confondu le Maréchal Sissi et le président Andrés Manuel Lopez Obrador ? Moi, quand ça m'arrive, j'appelle ça un lapsus. 
On peut quand même en faire une petite chanson, sur un air que tout le monde connait ? Mais commencez quand même par réécouter la version originale  https://www.youtube.com/watch?v=wwVxYvCWBik.


J'ai la mémoire qui flanche
J'me souviens plus très bien
Pourquoi je prends cet Egyptien
Pour un bon Mexicain ?
A caus' de leurs trucs en commun :
Leurs vieilles pyramides
Ou leur muraille entre voisins
Hostile et fratricide ?

J'ai la mémoire qui flanche
J'me souviens plus très bien
Ni du prénom du pharaon
Ni, l'autre, de son nom
Ils m'appelaient, j'les appelais
Comment s'appelait-on ?
Avant, c'est vrai, moi je pouvais
Les app'ler par leur nom...

J'ai la mémoire qui flanche
J'me souviens plus très bien
Parait qu'ça ne tourne pas rond
Au pays de Macron ?
Fallait voter pour Mitterrand
Continuer comme avant
Faut pas virer les vieux jetons
Pour un oui, pour un non.

J'ai la mémoire qui flanche
J'me souviens plus très bien
Qui j'ai rencontré à Bruxelles
Helmut Kohl ou Merkel ?
Pendant qu'ils me, pendant que je
Parlais de la planète
Leurs beaux discours, leurs petits jeux,
M'ont fait tourner la tête.

J'ai la mémoire qui flanche
J'me souviens plus très bien
Y a personn' pour me remplacer
Personn' s'est proposé ?
Si c'est pas moi, ce serait lui ?
Y a donc que moi ou lui ?
Dans ce cas-là, ou bien c'est cuit,
Faut qu'je reste où je suis !

J'ai la mémoire qui flanche
Mais ça je le sais bien
Avec Trump à la Maison Blanche
Je ne réponds de rien
On reverrait tous ces guignols
Prendre le Capitole
Et le monde ferait demain
L'cauch'mar américain !