4 septembre 2019

N° 224 - Volare, cantare, oh, oh...


J'entends à la radio que sept cent mille citoyens ont déjà dit vouloir voter sur la privatisation des aéroports de Paris. J'entends aussi que la petite Greta Thunberg a préféré le voilier au Boeing pour se rendre à New York, à l'ONU. Tout a bien changé depuis que Gilbert Bécaud rêvait d'aller le dimanche à Orly... Il est donc grand temps de mettre sa chanson à jour !

N.B.     Si vous n'avez jamais entendu parler de Gilbert Bécaud (et de ses cravates à pois) ou si vous avez tout oublié, vous feriez bien d'écouter d'abord un enregistrement de 1963 (!) sur https://www.dailymotion.com/video/x2kcaa (ne serait-ce que pour ne pas louper les changements de rythme).
Mais si vous étiez là quand j'ai testé une première mouture de ce remake lors d'une joyeuse fête d'anniversaire (c'était... dimanche à Croissy) n'ayez crainte : la fin n'est pas la même !


D'ici l'année 2021
Les financiers du gouvernement
Se promettent, si tout marche bien,
De vendre ADP au plus offrant.
Ils en espèrent au minimum
Un pognon de dingu' pour Darmanin
(On s'en doute sans être médium :
Chez Vinci on se frotte les mains...)
Le plus drôle c'est qu'en même temps,
On n'arrête pas, à la télé,
De nous dissuader fermement
De prendre l'avion pour voyager !

Faudra plus maint'nant à Roissy,
De l'aéroport, jamais décoller
En avion vers aucun pays,
Ni vers le Midi, pour aller bronzer...
Ce n'sera plus permis de polluer
Pour s'envoler au loin, et y glander...

Désormais avec ma Valentine
Le monde, on le sillonne en métro :
On a fait Luxembourg-Argentine
Par Pyramid's et Solferino.
Au lieu de descendre l'Amazone
De l'Ourcq on a longé le canal
Et pour préserver la couch' d'ozone
On a fait la canopée des Halles...

Plus question d'un tour aux Seychelles
D'un break aux Maldiv's ou à Tahiti
On n'se rend plus qu'à Saint-Michel
Des fois à Mals'herb's ou à Pernety.
Sous terr', bien au chaud, entre Parigots
On rafoll' des circuits "Pass' Navigo"...




P.S.     Ceux qui connaissaient Gilbert Bécaud ont évidemment vibré en découvrant le titre de ce billet. Mais ils se souviennent que c'est un crooner italien, Domenico Modugno, qui chantait "Volare, cantare..." (ou plutôt "Nel blu dipinto di blu") un autre fameux tube de l'époque. Allez, ne résistez pas, écoutez aussi : https://www.youtube.com/watch?v=t4IjJav7xbg.



15 août 2019

N° 223 - Lâcher prise !


Cette fois c'est le creux de la vague… Tout le monde est parti, il ne se passe plus rien, alors les "Mots Parallèles" aussi font relâche !

J'entends à la radio, ce matin... pas grand-chose !
Les vacances d'été, bien sûr, en sont la cause :
Les journalistes sont au vert et, de surcroit,
Moi, je n'écoutais plus Inter qu'un jour sur trois.

Au moins suivis-je les exploits d'Alaphilippe
Et (sans plus m'occuper du brave Edouard Philippe...)
Je sus tout sur le Tour et sur le maillot jaune
Sans jamais m'inquiéter des derniers gilets jaunes.

Je fus en Morbihan où déjà l'air marin
Me fit ne plus penser à Gérald Darmanin.
Au bout de la ria, sous la brume, oh, la mer
Est "trop" belle... Oublié aussi Bruno Le Maire !

Quand mes petits-enfants gagnaient au "Mille Bornes"
Je feignais d'en vouloir à la ministre Borne
Et lorsqu'ils culbutaient les quilles du mölkky
D'alerter Castaner, sur un talkie-walkie.

Jamais je n'ai quitté la table de ping-pong
Pour voir à la télé les bastons de Hong Kong
Ni je n'ai suspendu le tournoi de pétanque
Au motif que Pékin y concentrait des tanks.

J'aimais, en randonnant autour de Padirac,
Ne m'informer qu'un peu, mais surtout pas d'Irak,
Ni - devant un confit aux pommes sarladaises -
De Damas, où parade un al-Assad à l'aise.

Je me suis bien passé de Trump et de ses tweets,
De Poutine et Boris, des émirs Alaouites,
Et même de Macron, qui est je ne sais où.
On s'en moque, on s'en fout : aujourd'hui c'est quinze août !




19 juillet 2019

N° 222 - C'est le bouquet !



J'entends la radio parler beaucoup d'arthropode... Cela m'inquiète car je pourrais bien être concerné. Mon toubib m'a dit en effet l'autre jour, après m'avoir examiné : "Que voulez-vous... C'est de l'arthrose ! Il n'y a pas grand-chose à faire..." Mais les élancements de mes articulations lombaires n'ayant pas gagné celles de mes pieds, ce qu'il me reste de grec du lycée m'a permis de lever un doute : je ne suis pas arthropode. Ce n'est donc pas mon cas qui intéresse la radio. Du moins, pas cette radio là... Je me suis quand même renseigné sur le web : le corps d'un arthropode, constitué de segments munis chacun d'une paire de pattes articulées, est couvert d'une carapace rigide qui lui sert d'exosquelette. Je l'ai échappé belle, non ? Même si, avec mes os à l'extérieur, je pourrais me dispenser de radio. Wikipédia cite des exemples : le mille-pattes, le perce-oreille, le cloporte, le scorpion, le homard...

Oh, à propos, vous avez entendu cette histoire ? Pas croyable... Ce n'est pas un bobard : un homard a fait tomber un Ministre d'Etat ! Il y a dix ans un homard avait déjà failli couter sa place au Ministre de la Culture : celui (le homard) que Jeff Koons avait pendu au plafond de la Galerie des Glaces. Mais il était énorme ! Le homard de De Rugy, lui, était juste de gros calibre et peut-être un peu trop fréquent sur sa table, du temps de son règne au Palais Bourbon. 
C'est dommage quand même, quand on a le souci de la biodiversité, de ne pas servir aussi de temps en temps de la langouste royale, des gambas à la plancha, des écrevisses sauce Nantua, des langoustines flambées, des cigales de mer à l'ail ou de simples plateaux de crevettes grises...


Voilà donc qu'il y a maintenant des écolos-homards, en plus de la gauche-caviar. Un vrai panier de crabes... A propos, tenez, il me semble que depuis un moment la REM, vous savez la République En Marche, eh bien elle ne va pas vraiment de l'avant. J'ai même le sentiment qu'elle a plutôt tendance à marcher en crabe, si vous voyez ce que je veux dire : de côté, tout de travers, comme ces tourteaux qui en ont une plus grosse que l'autre, celle qui en pince pour la droite...

Savez-vous que c'est aujourd'hui, 19 juillet, que commencerait le mois de thermidor, fatal au homard ? Après l'histoire de De Rugy faudra pas s'étonner si on entend chanter, dans les rues de Versailles et d'ailleurs : "Ah, ça ira, ça ira, ça ira, les aristo-crabes à la Lanterne !..."



5 juillet 2019

N° 221 - Tweet and tweet, let's tweet again !


J'ai entendu à la radio que Trump est allé poser un pied au delà du 38eme parallèle. On ne parle jamais de parallèle sans éveiller mon attention. Une fois là, il a pris tendrement les menottes du petit Kim Jong-un dans ses grandes paluches, il a plongé son regard jusqu'au tréfonds de ses yeux bridés et lui a fait cette déclaration solennelle : "Hey, guy !"
Depuis, les géopolitologues les plus avertis se perdent en conjectures : les uns, évoquant le petit pas d'Armstrong, croient à un grand pas vers la paix dans le monde ; les autres citent Labiche et son "Embrassons-nous, Folleville".

C'est qu'il semble bien loin, tout à coup, le temps où Donald surnommait Kim "the rocket-man" et tweetait que ce petit gros était complètement cinglé ; celui où, de son côté, Kim le traitait de fripouille, de gangster et de "dotard", autant dire de vieux con gâteux. Mais je l'ai tenu moi-même pour une ganache insane quand, avec des outrecuidances de gougnafier, il a nié le dérèglement climatique. Puis j'ai maudit ses rodomontades de matamore et son cynisme de soudard quand il a prétendu murer la frontière mexicaine. Je l'ai qualifié de paltoquet, de béotien et de maroufle pour avoir plaqué l'UNESCO. De mufle et d'escobar pour son rejet de l'accord de Paris. Je l'ai sans doute traité de sagouin et d'ostrogoth le jour où il a autorisé des forages en Arctique. De boutefeu givré quand il a transféré son ambassade à Jérusalem. Et au moins d'olibrius, de faquin, de gourdiflot et de pendard obtus lorsqu'il s'est assis sur l'accord nucléaire. Je le voyais comme un butor, un flambard, un sacripant mal-embouché, un spadassin tudesque tant qu'il menaçait d'annihiler l'Iran.

Mais tout a changé... Donald Trump est aujourd'hui comme cul et chemise avec le despote de Pyongyang. On s'attend donc à ce qu'il aille maintenant bécoter l'ayatollah Ali Khamenei, qu'il fleurisse sa barbe puis époussette gentiment les épaules de son kaftan. On ne doute pas qu'il remplacera bientôt les barbelés du Rio Grande par des haies de charmille, ni qu'il conduira lui-même la parade du prochain 4 juillet en tête d'un essaim de pom-pom girls en trottinette.

On aimerait tant partager le rêve américain d'un second mandat...




3 juin 2019

N° 220 - Toudânmonkha


J'entends à la radio qu'on me presse de mettre noir sur blanc, sans plus atermoyer, mes directives anticipées. J'avoue que lorsqu'un hacker a fait courir, il y a un mois, des fake news sur ma santé, ceux qui s'en sont alarmés m'ont ouvert les yeux : si nul ne sait de quoi demain sera fait, on peut craindre à mon âge qu'il n'y ait plus d'après-demains, comme chantait Guy Béart, l'un de mes alumni(1). Alors, anticipons...

D'abord le côté pratique. Sans aller jusqu'à exhumer les racines rurales de mes aïeux il suffit d'évoquer la place qu'a tenue la terre dans mon curriculum, qu'elle soit renforcée, armée(2) ou simplement boutée au bulldozer, pour comprendre mon parti d'y retourner. Je ne goûterais guère en effet d'être jeté à l'eau en un sac, tel Buridan(3), ou comme un terre-neuvas, même au large de Senneville(4). Je ne priserais pas davantage d'être disséminé en cendres aux quatre vents, avec la fleur du pissenlit, malgré l'estime que je porte au petit Larousse(5). Je préfèrerais m'attarder, faire durer un peu... A l'instar de Tonton Georges, j'aimerais prendre le chemin le plus long, puis, de mort lente(6), m'accorder un répit sous la dalle. Je ne serais pas fâché d'y avoir une adresse, genre Avenue des Magnolias, ilot C, n°15, où l'on pourrait me déposer le journal pour me tenir informé de la marche du monde. Je rends grâce d'ailleurs à l'amie attentionnée qui m'a déjà offert la boite à fixer sur ma stèle(7). J'aimerais aussi garder ma radio, bien sûr, et mon portable, avec facebook pour les nouvelles des petits-enfants. Mais plutôt que de me charger de piles, trop polluantes, je n'exclus pas de prêcher d'exemple, après avoir lancé cet appel à nos défunts : faites un geste pour votre ancienne planète, remplacez vos plaques de marbre ou vos carrés de gravillon par des panneaux solaires !

Puisque j'en suis au mausolée : faisons simple et dépouillé, mais quand même assez grand pour deux, un jour ou l'autre. Dispensons-nous modestement de tout signe ostentatoire, ainsi que des bénédictions imméritées de clercs inconnus, popes, rabbis, abbés, bonzes ou imams... Les hommages de la famille et des amis suffiront bien. Je n'irai pas jusqu'à vouloir, comme le grand Jacques, qu'on rie, qu'on danse et qu'on s'amuse comme des fous(8). Mais qu'on chante, ça, ça me fera vraiment plaisir.

Je me suis peut-être aventuré au-delà de ce qui intéresse la faculté ? Pour ce qui me concerne, je l'ai dit, rien ne presse et l'éternité peut attendre. Mais j'entends le corps médical déplorer le manque de personnel, l'insuffisance de lits et les patients dans les couloirs. Alors, qu'ils fassent tout ce qu'ils peuvent, ils ont toute ma confiance, mais, le moment venu, qu'ils ne s'encombrent pas de moi au-delà du raisonnable.
Voilà, ça, c'est fait... La prochaine fois, promis, on revient aux choses sérieuses.





Quelques références :

(1)   Du temps où l'ENPC se trouvait encore rue des Saints-Pères, "à Saint-Germain-des-Prés"...
(2)   Au besoin cliquer sur http://www.terre-armee.fr/TA/wtaf_fr.nsf puis "50 ans de Terre Armée".
(3)   François Villon, "Ballade des dames du temps jadis" : "Semblablement où est la reine / Qui commanda que Buridan / Fût jeté en un sac en Seine ?  / Mais où sont les neiges d'antan ?"
(4)   Senneville-sur-Fécamp, dont les gars faisaient "faire un navire pour aller au hareng blanc"...
(5)   Un fameux logo, plus que centenaire...
(6)   Deux formules empruntées à Brassens, dans "Le testament" et "Mourir pour des idées".
(7)   Factice... et tout en carton !
(8)   Jacques Brel, "Le moribond".


Et deux illustrations :


La "boite aux lettres" adhésive...
et le logo Larousse (avec une préférence pour la racine...)