10 décembre 2014

N° 133 - Le chapitre des chapeaux *


J'entends à la radio qu'on va peut-être enfin se décider à bazarder les cartons à chapeaux des retraites faramineuses. Tiens, à propos de cartons : avec le froid qui s'installe on en voit d'autres (à pas chaud ceux-là...) sur les grilles de métro, sous les portes cochères.  Mais qu’y faire ? Au moins une petite chanson, ou un clip, en deux chapitres ?..

Au fait, le titre, “le chapitre des chapeaux” : il nous vient d’Hippocrate ! Du moins si l’on en croit Molière et son “Médecin malgré lui” (acte II, scène 2)...

Sur l'air d'une chanson de Guy Béart : "Le chapeau".


Ch. 1 - Le chapeau du PDG du CAC 40


C'est le plus beau jour de ma vie
Chers amis, prenons un pot
Demain je vais mener la grande vie :
Je prends ma retraite-chapeau.

Demain
Je vais chasser à courr', tiens
J'aurai des ch'vaux et des chiens
J'inviterai le gratin
De tout le bottin mondain
A des fêtes, des festins
Je suis   
Celui
Qui part en retraite aujourd'hui
Mais ne part pas sans biscuit.

C'est le plus beau jour de ma vie
Chers amis, prenons un pot
Demain je vais mener la grande vie
Grâce à ma retraite-chapeau.

Bingo
Avec mon joli magot 
J'irai jouer au casino
Tout l'été à Monaco
J'embarquerai des bimbos
Dans ma grande torpédo
Pour les
Mener
Sur mon yacht amarré à quai
Dans le port de Saint-Tropez.

C'est le plus beau jour de ma vie
J' pars en retraite-chapeau
Demain je vais mener la grande vie
La grande vie de château

Super !
Grand merci aux actionnaires
Qui ont boosté mon salaire 
Quand j'ai conduit le transfert
Du meilleur de nos affaires
A des usin's étrangères. 
En plus  
Quitus
Ils me gratifi'nt du bonus
D'une retraite-gibus !

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Ch. 2 - Le chapeau du SDF du 115


C'est le plus beau jour de ma vie
Y a d' la thun' dans mon chapeau !
Mesdam's, messieurs,  je vous en remercie
J' vais pouvoir manger un morceau.

C' matin
J'ai bien pris huit ou dix trains
Entre Etoile et Saint-Germain
J'ai servi mon baratin
Aux gens qui vont au turbin
En tendant mon galurin.
C'est lui 
C'est lui
Qui me fait gagner mon frichti
Et modèr' mon appétit.

C'est le plus beau jour de ma vie
Y a d' la thun' dans mon chapeau !
Mesdam's, messieurs,  je vous en remercie
J' vais pouvoir manger un morceau.

C' midi
Je vais ach'ter au Franprix
Un sandwich au salami
Une boit' de vach'-qui-rit
Plus un litron d' Kiravi
A partager entre amis
Si les
Poulets
Ne nous dis'nt pas de circuler
Plutôt que de picoler.

Ce n'était qu'un jour de ma vie
Y a plus d' thun' dans mon chapeau
C'est encore une journé' de finie
Après métro, goulot : dodo.

Pardon
Quand je rejoins les cartons
De ma planque sous le pont
En portant mon baluchon
Je rêve de la maison
Du gars qu'était mon patron
Le gros  
Fayot
Qui a transféré mon boulot 
Pour toucher sa retrait'-chapeau…


19 novembre 2014

N° 132 - Spatial assistance

Je n'entends plus à la radio beaucoup parler de Philae, ni de la comète Tchourioumov-Guérassimenko… Notre brave petit robot a chaviré dans un creux où le soleil ne peut l'atteindre ni recharger ses batteries. Il s'est engourdi, seul et épuisé, dans ce recoin sombre et glacial… Il reste une chance, une petite chance : quelqu'un peut l'aider, qu'il faut essayer de joindre à tout prix. Aussi compté-je (sic) sur chacun pour relayer et diffuser largement ce message, par tous les moyens possibles. Merci pour lui !



   Cher petit prince,

   Voilà bien soixante-dix ans que tu es retourné chez toi. Mais j'imagine que tu n'as pas vieilli puisque le temps, parait-il, s'écoule lentement quand on voyage d'une étoile à l'autre. Ne me demande pas pourquoi (même si je sais que tu ne renonces jamais à une question) : je ne saurais l'expliquer. C'est une chose que j'ai entendu dire au cinéma. Ah, le cinéma ? En deux mots ce sont des images, des dessins qui bougent, plus beaux encore que ceux de l'aviateur naufragé que tu avais rencontré sur la Terre, au milieu du désert.
   Petit prince, je t'écris pour te demander un service, sans trop savoir comment te faire parvenir ma lettre. J'en déposerai une copie au bord de l'étang, dans l'espoir qu'elle profite, elle aussi, d'une migration d'oiseaux sauvages ?

   Quand tu es venu, tu n'as vu qu'un seul homme ; mais tu as compris que nous sommes très nombreux sur Terre ! Il y a de plus en plus de petits rois autoritaires et de businessmen vaniteux, qui laissent de moins en moins de place aux fleurs et aux papillons. Il y a aussi beaucoup de géographes, qui savent maintenant où se trouvent toutes les rivières, toutes les mers, toutes les montagnes de la Terre. Au point qu'ils ont commencé à noter celles des autres planètes. Mais pour ça, tu le sais, ils ont besoin d'explorateurs. Et les businessmen aussi comptent sur les explorateurs, pour découvrir toujours des nouveaux trésors. Alors ils ont fourni aux ingénieurs de quoi construire une sorte d'avion qui puisse voler très longtemps, aller très loin sans tomber en panne, sans même un pilote à son bord.

   Il s'est envolé il y a dix ans, vers chez toi, vers les astéroïdes B 612, 325, 326, etc. Les ingénieurs l'ont appelé Rosetta, qui signifie petite rose. Peut-être pour saluer la tienne au passage ? Parfois, les ingénieurs sont comme ça… Les géographes, eux, veulent tout savoir d'une comète glacée qu'ils appellent Tchouri. Alors Rosetta, en tournant autour, y a fait descendre un petit robot, baptisé Philae. Il est à peu près gros comme ta caisse à mouton et il a trois pattes (c'est Philae qui a trois pattes). Je ne te dessinerai pas le robot, c'est un dessin beaucoup trop compliqué pour moi. Mais Tchouri n'est pas toute ronde comme ta planète. Elle est difforme et biscornue, pleine de bosses, et le pauvre Philae a trébuché en arrivant. Il est tellement de travers qu'il ne peut faire tout ce que réclament les géographes. 
   
   Pourrais-tu, s'il te plait, y faire un saut et le remettre sur pieds, dans un endroit où le soleil le réchauffe et lui redonne des forces ? Tu le verras alors remuer ses antennes, enfoncer des petites tiges dans le sol, diriger tout autour de lui des rayons de lumière et reprendre son travail d'explorateur. Ne crains rien, il ne te fera aucun mal.

   Petit prince, si tu le peux, ne tarde pas. Ne t'attarde pas non plus auprès de Philae. Dans quelques mois la comète s'approchera du soleil. Avant qu'elle ne commence à se boursoufler, à fumer, à se faire des cheveux, rentre vite t'occuper de ta rose. C'est le plus important, même s'il lui arrive de se montrer capricieuse et décevante (chez nous, on nous avait annoncé il y a deux ans une nouvelle variété, belle comme un printemps ; pour le moment nous en avons surtout vu les épines)…

 Encore un mot, petit prince. Si tu réussis à dépanner Philae, notre explorateur-en-chef du système solaire, M. Francis Rocard, sera comblé. La comète-iceberg Tchouri le passionne. D'autant plus que son père, Michel, qui fut premier ministre, est aujourd'hui notre ambassadeur aux deux Pôles. Où, tu t'en souviens, les allumeurs de réverbère mènent des vies d'oisiveté et de nonchalance, car ils ne travaillent que deux fois par an…


12 novembre 2014

N° 131 - Les guignolets de l'info

Avant-propos : Les "mots parallèles" sont rarement sérieux… Celui-ci peut sans doute être appelé une "pochade". En effet, d'après wikipédia, "en littérature (sic) ce terme s'emploie pour qualifier une œuvre en général burlesque, brève et écrite rapidement. Il semble être attesté en premier en 1800 avec ce sens qui le rattache à pochard et poissard, personnages vulgaires et burlesques du vaudeville". A la bonne vôtre !

J'ai entendu à la télé Monsieur Hollande se vanter d'avoir longtemps fait la tournée de tous les bistrots*. Et j'ai vu s'illuminer l'œil du journaliste qui l'interrogeait... [Bon Dieu, mais c'est bien sûr ! Coco, tu sais ce qu'on va faire la prochaine fois ? Pour qu'il rencontre les vrais gens, qu'il leur cause, comme ça, nature, décontract' ? Ecoute Coco : on le suit au bistrot, n'importe où. Il s'installe au comptoir. Il commande un petit blanc. Il trinque avec le patron. Des clients s'approchent. Vas-y, Coco : moteur !]

- Alors ça, Monsieur le Président, c'est une sacrée surprise !
- Bonjour, bonjour à tous. Vous savez, c'est une idée de TF1. Ils m'ont dit : "Il faut que vous preniez de la hauteur". Alors voilà, vous êtes "en direct du zinc présidentiel" !
- Vous reprendrez bien un kir, Monsieur Hollande ?
- Oui, merci. Mais pas royal, hein !
- Dommage... Parce que, moi, je vous l'aurais fait avec une roteuse de Hautvillers…
- Non, non ! Pas l'autre Weiler non plus. Et pendant que j'y suis, s'il vous plait, pas de sherry, pas de malaga, non pas de mal à Ga… Bon, alors, de quoi on parle ?
- Bah, Monsieur le Président, vous savez, dans le petit commerce, on étouffe : impôts par ci, impôts par là…
- Alors commençons comme ça. Va pour un pot, c'est ma tournée !
- Tchin, mon Président. Moi, c'est Marcel. Y a dix piges que je serche un goulot, alors je fais brève au comptoir !
- A la vôtre Marcel ! Un boulot, voilà, voilà ce qui importe aux Français. Tiens… un porto français, vous auriez ça, patron ?
- Dites, M'sieur Hollande, avez-vous envie de vous taper deux quinquennats ?
- Oh là, attendez, on n'en est pas là !... J'ai d'abord un quinquina à finir, vous savez…
- Vous en êtes où, Monsieur le Président, avec la GPA, les curés, tout ça ?...
- Ah, la GPA… Moi j'ai PS, ça me suffit. Avec les curés je peux m'entendre, sur saint-raphaël, cinzano…
- S'il vous plait, est-ce que vous avez parlé à Obama ? Parce que vous êtes plutôt mal tous les deux, à mi-mandat...
- J'y pense… Mais je vais commencer par l'ambassadeur. Then, the americano, bah, ma foi, quand il sera à 29° de safistaction, comme moi, tout en bas, rac et ric, hein, on verra…
- Oui, mais pendant ce temps là Merkel et Bruxelles nous mettent la pression !
- Là, je dis pas, oui, je reprendrais bien une pression… Eh, patron, allemande ou belge, c'est égal.
- M'sieur Hollande, les portiques de l'écotaxe, en Bretagne, on va vraiment les démonter ?
- Ah, oui, ça c'est fini les tocasques, euh, les motocasques, c'est fini. Franchement, j'en ai ras la bolée dubonnet rouge !
- Et vous seriez d'accord pour qu'on ne paie plus l'autoroute, le dimanche, pour aller en Normandie ?
- Euh, ça c'est plus dilécat. Resséflichez un peu : l'aller, ça va, mais au retour, le campari gratuit, bonjour les dégâts!
- A part ça votre courbe du chômage, elle va s'inverser quand ?
- Là, je vais vous dire, faut pas croire au pernod, au pernod, au père noël. Mais, whisky est vrai, oui ce qui est vrai, dès que je dis un mojito, un mot au JT, tout le monde ricard, euh, rit car je me suis vraiment planteur, euh, planté. Je reconnais, c'est de byrrh en byrrh... Je suis vraiment dans la mousse caipirinha, non, une mouscaille pire, il n'y a pas...
- Alors, vous allez mettre qui au gouvernement ? Martine Aubry ?
- Ça va pas, non ? Broc martini ? Un broc, là, t'éjagères… Mais téquila, hein, téquila pour me sortir des trucs pareils ? Tu serais pas la vodka du diable ? Patron, siouplait, donnez-moi un grand verre d'eau.
- Tout de suite, Monsieur le Président. Vous avez une préférence ? Badoit, perrier, eau de Vals ?
- …..
Merde, il est tombé ! Arrête, Coco, coupe. Appelle la prod. On a peut-être fait une connerie…




24 octobre 2014

N° 130 - Noël aux tisons


J'entends à la radio qu'on prépare déjà Noël. Et pourtant, c'est dans deux mois ! Remarquez, il y en a qui s'affairent déjà pour les élections de dans trois ans, alors pourquoi pas ?... 
En ville, ça y est, les guirlandes lumineuses sont accrochées aux becs de gaz. A Paris on a dressé un immense sapin place Vendôme. Un gigantesque conifère bien conique, en latex vert, lisse, souple et moelleux... Vous êtes tous au courant et vous l'avez vu sur Canal. Un engin pas banal, qui est tout de suite entré dans les annales. Certains ont flairé quelque analogie, non sans fondement, et demandé si c'était séant. Et voilà, deux jours plus tard l'énorme biroute est raplapla ! Elle git sur le pavé, près de chez Boucheron. Ce n'est plus qu'un bouche-trou pour échotiers en mal de copie…

Aucun rapport, du moins à première vue : une Californienne a eu envie de faire une surprise à son nouveau boy-friend. Elle a tenté de s'introduire chez lui, de nuit, par la cheminée. Allez savoir pourquoi... Elle avait peut-être entendu dire : "C'est un bellâtre", et voulu en avoir le cœur net. Ou bien elle tenait à prouver qu'elle ferait une bonne femme au foyer. En commençant par lui porter un des chenets au lit ? Bien sur, il n'y avait pas le feu, parce qu'en Californie, la braise, avec la pinède, tout ça, c'est interdit…


N'empêche, bien ramoner, ça demande du savoir-faire. C'est d'abord une question de gabarit. La belle est restée coincée à mi-chemin(ée). Il a fallu cinq heures aux firemen pour la sortir de là. Ils ont été obligés de lubrifier le conduit avec des litres et des litres de liquide-vaisselle. 



Petite page de publicité : "Pour la vaisselle, mieux que l'eau : L'Arbre Vert. C'est plus écolo !" (Le rapport, c'est là). La Mère Noël est sauvée. Avec le soufflet, elle fait des bulles…






Références, au besoin : http://www.leparisien.fr/paris-75/paris-l-oeuvre-de-paul-mccarthy-saccagee-18-10-2014-4223435.php#xtref=https%3A%2F%2Fwww.google.com%2F
http://www.francetvinfo.fr/monde/ameriques/etats-unis-elle-tente-de-rejoindre-son-ex-amant-et-reste-coincee-dans-la-cheminee_724639.html

9 octobre 2014

N° 129 - Ça marche !


J'ai entendu à la radio que la manif pour tous avait rassemblé cinq cent mille personnes. Sept fois plus que ne dit la police ! Justement, ce matin, au marché, je tombe sur Huguette, la dame qui a conduit la délégation de la paroisse. Elle se chamaille avec Léon, un instit retraité, laïcard comme pas deux. Il est en pleine démonstration :
-  "Huguette, réfléchis un peu : quand tu connais l'itinéraire, et la largeur des avenues, quand tu notes les heures de départ et d'arrivée des deux bouts du défilé, quand tu sais qu'il n'y a pas plus d'un marcheur au mètre carré – ou alors on se marche sur les pieds, tu peux me croire, j'en ai fait des manifs… - eh bien tu n'as pas besoin de l'âge du préfet de police pour calculer le nombre de manifestants !"
-  "Mais Léon, manif pour tous ça dit bien ce que ça veut dire : tous, ça fait beaucoup, beaucoup de monde…"
-  "Pas au point qu'il y ait sept piétons par mètre carré de bitume. C'est deux fois plus que dans le métro aux heures de pointe !"
-  "Tu sais, c'était très familial, il y avait beaucoup d'enfants, qui ne prennent pas tellement de place..."
-  "Tu n'essaies quand même pas de me faire avaler qu'il n'y avait que des pères de famille nombreuse, avec chacun six gamins sur les épaules?"
-  "Non bien sûr, mais tiens, par exemple, la dame qui marchait près de moi était venue avec son mari, ses deux filles, son beau-frère, euh, sa belle-mère, une cousine et son bébé. Ca fait sept ! Celle qui était de l'autre côté était venue, elle, avec, attends, sa bru, ses deux fils, deux petites-filles, une nièce et son enfant. Ca fait encore sept !"
-  "Huguette, tu te fous de moi ? Tu comptes tout le monde sept fois ?"
-  "Léon, tu n'es qu'un mécréant, tu ne crois à rien ! Moi, je te le dis : quand on a fait vivre Mathusalem jusqu'à 969 ans, quand on a nourri cinq mille personnes avec cinq pains et deux poissons, quand on a fait entrer tous les animaux du monde dans l'arche de Noé, on peut, oui, on peut faire tenir sept personnes sur un mètre carré, voilà, c'est tout."
-  "C'est n'importe quoi, vous seriez tous morts étouffés…"
-  "Léon, fais un effort : quand on dit cinq cent mille, c'est une façon de parler. Si je te disais: on était plus nombreux que les étoiles, comme les descendants d'Abraham, tu soupirerais en levant les yeux au ciel… Si je comptais, comme dans l'Apocalypse : ils étaient douze mille de la paroisse de Chamboissy, douze mille de la paroisse d'Orgenville, douze mille de Valmoulin, douze mille de Bougicourt…"
-  "Huguette, tu rigoles : il n'y a pas trois mille habitants à Bougicourt !"
-  "Ecoute Léon : douze mille, cinq cent mille, c'est pareil, c'est symbolique, c'est une manière de dire : beaucoup."
-  "Eh bien voilà ! CQFD…"
-  "Allez, au revoir Léon, il faut que je fasse mes courses."
-  "Hé, ho, Huguette, attends. Pour ta pénitence, tu me copieras sept fois les tables de multiplication !"