13 juillet 2012


N° 83              Dépression
J'entends à la radio qu'il va pleuvoir demain. Demain, comme hier… Demain comme la semaine dernière et comme depuis des mois… Demain, sur les Champs, notre président va encore dégouliner, noyé par les ondées, défrisé par les Rafales. Il n'avait pourtant pas promis, lui, comme celui d'avant, d'arrêter le réchauffement climatique. N'empêche, l'été est aussi pourri qu'en 2007. C' n'était pas la peine assurément de changer de gouvernement ! Surtout s'il faut rallumer le chauffage quand GDF se rattrapera sur les tarifs.
Il pleut sur Nantes
Donne-moi la main
Le ciel de Nantes
Rend mon cœur chagrin...
Mais, Barbara, il pleut sans cesse sur Brest, sur Rouen, sur Orléans, Beaugency, Notre-Dame de Cléry, Vendôme, Vendôme, sur Arras, sur Lille-Roubaix-Tourcoing, sur Reims, sur Metz, Toul et Verdun ! Il pleut au nord d'une ligne passant par Rochefort et Dijon. A force de réclamer des frontières Mme Le Pen a obtenu le rétablissement de la ligne de démarcation. La zone libre se dore au soleil, prend le pastis à l'ombre, tire et pointe sous les platanes… Elle va à la plage, cuisine au barbecue... Cigale, au temps chaud, nuit et jour, à tout venant, elle chante…
Laissez-moi franchir la ligne passant par Rochefort et Dijon. Laissez-moi déserter l'Europe du nord, froide, grise et pluvieuse, l'Europe maussade des fourmis économes et travailleuses. Laissez-moi gagner celle du Club Med. Même écrasée de dettes, même dépourvue d'emplois. Je réclame le statut d'évadé fiscal. J'accepte de payer des taxes supplémentaires sur les parasols, l'huile de bronzage et les glaces à l'eau. Il me semble que la misère serait moins pénible au soleil...
J'veux du soleil, j'veux du soleil, j'veux du soleil, j'veux du soleil !...

1 juillet 2012


N° 82              Pierre Lachaise
 
 
J'entends la radio parler de toutes sortes de sièges. A l'Assemblée les groupes recueillent sur leurs bancs les dissidents virés du parti (mais un camarade touité reste encore au ban du PS...). Madame Taubira ne veut plus de jurés populaires auprès des magistrats du siège : ils tiennent leur instruction civique des séries américaines et donnent du "votre honneur" au président ! Le Saint-Siège s'apprête à réintégrer les intégristes. Devedjian va perdre son siège de député pour cause de suppléant au cul entre deux chaises, l'une au Sénat, l'autre au Palais Bourbon.
 
Et je suis, moi aussi, dans un embarras inconfortable, le verre de montre entre deux strapontins. A la veille de mon anniversaire, je ne suis pas sûr de mon âge. Je ne sais plus combien "le dieu morne et taciturne qui préside aux choses du temps" a fait, pour moi, "de tours d'horloge, de sablier"
 
Je ne vous apprends rien, nous venons d'avoir droit à une seconde supplémentaire. Car notre bonne vieille Terre ne rajeunit pas, elle non plus : elle s'essouffle, patine, tourne moins rond, moins vite… Il lui faut maintenant plus de vingt-quatre heures pour se retourner. Pour ne pas lui faire de peine on camoufle ça en donnant de temps à autre un petit coup de pouce à nos pendules. Mais elle retarde déjà de trente cinq secondes sur le temps atomique international. Dont chacun sait que la seconde dure tout simplement 9.192.631.770 périodes de la radiation correspondant à la transition entre les deux niveaux hyperfins de l'état fondamental de l'atome de césium 133*. Loin de moi l'idée perverse de provoquer un conflit entre écolos, confiants en la nature, présumés partisans de l'horloge de la révolution terrestre, et productivistes fanas du nucléaire, probables sectateurs du temps atomique. Mais j'aimerais quand même bien savoir si je suis ou non plus âgé de trente cinq secondes. Et si notre planète, qui, quand elle était jeune, il y a trois cents millions d'années, bouclait sa virevolte en moins de vingt-deux heures, va bientôt, de plus en plus poussive, nous faire des journées de trente-cinq heures. Au point de me laisser demain fêter mon centenaire alors que j'aurais, sans m'en rendre compte, dépassé les cent quarante. En chaise à porteurs ou en fauteuil roulant...




* Ce n'est pas une blague !

23 mai 2012

N°81        Mode in France


J'entends à la radio bien des railleries sur la touche de notre nouveau président… Ce brave homme normal s'est vu propulser directement du marché de Brive-la-Gaillarde, au tréfonds de la cambrousse corrézienne, jusqu'à l'Aspen Lodge, Camp David, Catoctin Mountain Park, Thurmont, Maryland, USA. Sans que personne n'ait prévenu Valérie, avant qu'elle boucle la valoche, que là-bas, dès friday morning, on se dresse casual. En T-shirt, jean et converses. Et qu'on ne met pas sa cravate(1), encore moins le Grand Collier de la Légion d'Honneur qu'elle avait cru bon de lui emmailloter dans son Damart.

Le pauvre François n'avait donc rien d'autre à se mettre sur le dos que les trois complets sombres qu'il avait, l'un après l'autre, fourrés dans le sèche-linge le jour de son intronisation pluvieuse. Je ne compte pas celui qu'il avait dû emprunter à Delanoë. Quand il s'était pointé à l'Hôtel de Ville, dans un état lamentable, une fois de plus trempé comme une soupe, de la tête aux pieds, Bertrand lui avait dit : "Si tu veux te changer, c'est maintenant" !
On s'est bien rendu compte, à la télé, quand il a posé entre Barack et Angela, l'air d'un gars en chaussettes à la plage(2), que les costards de La Halle aux Vêtements, à Tulle, ça n'est pas top ! Ca tiraillait autour du bouton qu'il n'avait toujours pas défait. Comme il n'avait pas encore abusé du cheeseburger-frites(3), c'est que la veste avait sérieusement rétréci…
Ce bouton… Il a fallu que Valérie le recouse en catastrophe quitte à mettre François en retard à l'OTAN. Sans compter que depuis que la first-girl-friend l'a viré, Julien Dray, le tocard aux tocantes, n'était pas là pour expliquer le décalage horaire : tu fais faire un demi-tour à ta petite aiguille, pas au bracelet(4), ballot !

Il y en a d'autres qui n'étaient pas en retard, à peine le président investi. Qui voulaient refaire le coup des grèves de 36, réclamer tout de suite des primes, d'exposition au froid, de station debout prolongée, et des CDI jusqu'à soixante ans, et la parité par-dessus le marché, et manifester en tenue de travail… Encore que leur délégation aurait peut-être hésité si DSK avait été nommé ministre du travail. Ce sont les pin-up du crazy horse(5). On leur a vite fait comprendre, comme François aux States, qu'elles pouvaient aller se redéshabiller.


Pour ceux ou celles qui n’auraient pas tout suivi, voir :
(2) Rendons à Thomas Legrand (France Inter) ce qui est à Thomas Legrand.
(5) http://www.lefigaro.fr/social/2012/05/16/09010-20120516ARTFIG00390-les-danseuses-du-crazy-horse-en-greve.php

20 avril 2012

N° 79              Il y a tout c'que vous voulez


Je suis à la radio la course à l'Elysée.
Cheminade nous pousse à nous satelliser ;
Le Pen hurle qu'il faut bannir, javelliser ;
Bayrou, à tour de bras, voudrait labéliser
Et Joly voit le monde en vert pastellisé…
Hollande au changement a évangélisé 
La gauche que Meluche a su cartelliser
Tandis qu'Artaud s'entête à la parcelliser
Et que Poutou l'exhorte à tout bordéliser.
Sarko cinq ans encor veut nous fidéliser
Mais l'autre Nicolas est caramélisé…
Les instituts sondeurs nous ont panélisés,
Interrogés, testés, scrutés, modélisés.
C'est à vous maintenant : choisissez, élisez
Qui vous rêvez de voir en roi fleurdelisé
Et, qui sait, pour la paix, un jour nobélisé ?
Moi, je persisterai à paralléliser…

12 décembre 2011

N° 73              Mécomptes de Noël


J'entends à la radio des voix éphémères… J'ai gardé l'écouteur à l'oreille, dans le noir. Je perçois des mots sans suite, des notes éparses, des bulles, des bribes… Des nombres… Ma date de naissance… Ma date de naissance et mon numéro-chance… Ils sont sortis au loto. J'ai gagné à l'euro-milliards. J'ai gagné mille sept cents milliards d'euros ! Le Directeur de l'Européenne des Jeux me prend par l'épaule, s'assure que j'ai bien saisi : presque deux millions de millions. Il ânonne en remplissant le chèque : un, point, sept, zéro, zéro, point… Mais la case n'est pas assez longue pour neuf autres zéros, avec deux points. Il sort un billet de son gibus, un billet vert de cent euros. Je n'en avais jamais vu, jamais eu, mon dab ne m'en a jamais fourni. Le directeur préfère me remettre mon gain en coupures de cent euros. Avec son assistante en oreilles et queue de lapin il en compte soigneusement dix-sept millions, une à une. Il les fait empiler face à son bureau, sur la Place de l'Etoile, bien au carré. Le tas est bientôt aussi large, aussi haut que l'Arc de Triomphe. Les voitures l'évitent, passent sous l'arche, sur le soldat inconnu. La flamme s'est éteinte. Une saute de vent soudaine jette mes billets dans les nues. Ils planent là haut, survolent les Champs, où des hula hoops ceinturent de lumière les platanes de Noël. Platannenbaum, platannenbaum. Ils s'abattent sur le jardin de l'Elysée comme un nuage de sauterelles. Je sonne chez le Président. Il est en pyjama. Je l'ai réveillé. Il est fatigué, trop de soucis, la notation, les biberons, la dette… Il n'a presque pas dormi à Bruxelles. Dehors nous nous frayons un chemin, des billets jusqu'à la taille et jusqu'aux genoux, comme dans les algues vertes. Il sonde l'épaisseur avec une longue règle d'or. C'est plus épais le long des grilles. Des gardes républicains ramassent ce qui coule entre les barreaux. Il pense qu'il y en a bien pour autant que la dette. Je dis : c'est trop pour moi, gardez au moins quatre ou cinq cents milliards, ce qu'on vous doit depuis que vous êtes là. Il ne veut rien savoir. Il l'a décidé avec Angela. Les anges là dans nos campagnes ont entonné l'hymne des cieux. Ce ne sont pas les banques, le marché, l'européenne des jeux qui vont rembourser. Ce sont les états, les contribuables. Il allume dans un bureau, branche un ordinateur, projette des camemberts power-point entre les moulures dorées des lambris blancs. Chacun participera selon ce qu'il paie d'impôt. Ce sera juste, équitable. La dette c'est trente-cinq fois l'impôt sur le revenu. Tu sais combien tu paies ? Euh, non… Beaucoup. N'importe. Il faudra que tu fasses un versement exceptionnel de trente-cinq ans. Pas tout de suite, tu as un peu de temps. Mais pas trop quand même… A cause d'Angela. Stille Nacht, heilige Nacht. Je dis : bon, je vais quand même ramasser mes billets, faire déjà un voyage, en RER. De bon matin, je reprendrai le train. Auriez-vous un sac à me prêter ? Il jette au broyeur les couches qui restent dans un grand sac Pampers et me le tend. Jouez hautbois, remplissez musette. Mais dans le parc il y a encore eu un coup de vent, ou bien les gardes ont eu le bras long. Je vais vers l'Etoile, qui me guide. Mon sac est vide. Les voitures ont recommencé à tourner en rond. La flamme s'est rallumée. Ma radio aussi.